Dans quelles conditions les patients atteints de déficit en MCT8 sont-ils adressés à un endocrinologue ? Quel tableau clinique doit faire suspecter un déficit en MCT8, d’un point de vue endocrinologique ? Comment s’opère la coordination des soins entre endocrinologue et neurologue ou neuropédiatre ? Le dépistage du déficit en MCT8 est-il réalisable dès la naissance ?
Le Dr Athanasia Stoupa, endocrinologue pédiatre, praticien hospitalier au sein du service d’endocrinologie Gynécologie et diabétologie pédiatrique de l’hôpital Necker-enfants Malades à Paris, médecin chercheur à l’Institut Imagine et à l’Institut Cochin, répond à vos questions.
Si vous désirez vous informer et aller plus loin dans la connaissance de cette pathologie, nous vous invitons à lire notre revue scientifique sur le déficit en MCT8.
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L’orateur n’a reçu aucune rémunération pour la réalisation de cet épisode.
Invitée :
Dr Athanasia Stoupa, endocrinologue pédiatre, praticien hospitalier au sein du service d’endocrinologie Gynécologie et diabétologie pédiatrique de l’hôpital Necker-enfants Malades à Paris, médecin chercheur à l’Institut Imagine et à l’Institut Cochin.
https://www.aphp.fr/service/service-70-061
https://www.institutimagine.org/fr
https://institutcochin.fr/
L’équipe :
Virginie Druenne – Programmation
Cyril Cassard – Animation
Hervé Guillot – Production
Crédits : Sonacom
Retranscription
Bonjour à tous et bienvenue sur RARE à l’écoute, le podcast dédié aux maladies rares. Aujourd’hui, nous continuons d’explorer le déficit en MCT8. Et pour en parler du point de vue de l’endocrinologue, nous avons le plaisir d’accueillir le docteur Athanasia Stoupa. Docteur Stoupa Bonjour.
Dr Stoupa : Bonjour à tous.
Docteur Stoupa vous êtes endocrinologue, pédiatre au sein du Service d’endocrinologie Gynécologie et diabétologie pédiatrique de l’hôpital Necker-enfants Malades à Paris et vous êtes également médecin chercheur au sein de l’équipe du Professeur Polak à l’Institut Imagine et à l’Institut Cochin. Alors Docteur Stoupa, pour débuter notre entretien, quelles sont les circonstances de consultation d’un endocrinologue pour un déficit en MCT8 ?
Dr Stoupa : Au patient qui a l’anomalie de gène MCT8 qui s’appelle aussi le syndrome d’Allan-Herndon-Dudley et ce qu’on a dressé en endocrinologie pédiatrique à cause d’un bilan thyroïdien qui est perturbé, c’est à dire un taux de TSH qui est normal, subnormal, un taux de T4 libre qui est abaissé ou dans la limite inférieure de la norme et inversement au taux de T3 libre qui est élevé ou à la limite supérieure de la norme si le profil thyroïdien qui est très évocateur de l’anomalie de MCT8. Il faudra aussi ici insister sur la nécessité de doser le T3 libre dans le bilan thyroïdien, mais aussi le ratio T3 versus T4, parce que c’est en fait ce ratio et ce dosage qui nous permet de diagnostiquer la maladie dans des cas beaucoup plus rares. Le patient, il arrive au service endocrino pédiatrique à cause des signes cliniques qui suggèrent une dysthyroïdie qui est confirmée par le bilan thyroïdien que j’ai mentionné dans l’analyse biologique et sur le plan moléculaire. Il est confirmé par l’analyse de MCT8.
Et donc vous venez de l’évoquer d’un point de vue endocrinologique quelles sont les manifestations cliniques d’un déficit en MCT8 ?
Dr Stoupa : Les manifestations cliniques d’un point de vue endocrinologique dans cette maladie rare sont les manifestations d’une thyrotoxicose périphérique. C’est-à-dire, c’est des manifestations qui sont liées à un taux élevé de T3 sérique et l’effet en fait de ce T3 sur les tissus périphériques en utilisant des transporteurs alternatifs. Donc la thyrotoxicose va induire un effet de hyper métabolisme avec une augmentation de dépense énergétique et une perte de poids et dont le premier signe qu’on voit en endocrinologie et surtout dans la première année de vie de ces enfants, c’est le retard de croissance pondérale. Ils ont souvent aussi une faiblesse musculaire et une hypotonie associée. Sur le plan cardio-vasculaire et les patients, ils ont une tachycardie, une élévation de la pression artérielle, des troubles du rythme cardiaque et des anomalies d’électrocardiogramme. Il y a des signes aussi qui ne sont pas spécifiques, mais qui peuvent être évocateurs de dysthyroïdie justement périphérique sur le plan digestif, un dis confort abdominale, des diarrhées, une constipation, des troubles de la déglutition. Pour le plan hépatique, des anomalies biochimiques par exemple, une élévation des transaminases et notamment aussi on a des manifestations au niveau osseux, ça veut dire une ostéoporose et une augmentation des fractures chez ces patients, liés bien sûr à l’immobilité qui peut être présente, mais aussi au taux élevé de T3 que j’ai mentionné. Et pour finir, quelques signes spécifiques aussi, mais qui peuvent être liés à la thyrotoxicose comme des infections récidivantes et des anomalies de sommeil.
Alors on sait que ces jeunes patients présentent également des signes neurologiques, notamment des retards du neurodéveloppement. Comment s’opère la coordination des soins entre endocrinologue et neurologue ou neuropédiatre ?
Dr Stoupa : Le neuropédiatre ou le neurologue, les endocrinologues Ils figurent vraiment parmi les principaux professionnels de santé dans la coordination des soins chez ces patients, avec l’objectif commun de traiter les comorbidités associées et d’instaurer une prise en charge qui est vraiment spécifique et un suivi régulier, sans bien sûr prendre en compte les autres professionnels qui peuvent être impliqués, notamment les généticiens, les orthopédistes, les gastro-entérologues. Plus précisément le rôle d’un endocrinologue ou d’un endocrinologue pédiatre, nous, on intervient plus tôt pour prendre en charge les problèmes de la croissance staturopondérale, dont la petite taille, l’hypertrophie et les signes de dysthyroïdie périphériques que j’ai mentionnés. Et bien sûr, on prend en charge l’ostéopénie et l’ostéoporose. De l’autre côté, le neurologue donc c’est en accompagnement médical qui est vraiment complémentaire à notre prise en charge parce que ces médecins vont suivre le développement psychomoteur et toutes les complications neurologiques dont notamment la dystonie, l’épilepsie, les troubles des apprentissages, etc.
On sait que le déficit en MCT8 est une maladie qui survient très jeune. Est ce qu’on peut dépister ce déficit au plus tôt, c’est à dire même dès la naissance ?
Dr Stoupa : Avec le programme actuel de dépistage néonatal, les maladies thyroïdiennes qu’on peut dépister l’hypothyroïdie congénitale, primaire ou centrale. On ne peut pas dépister le déficit en MCT8 parce que le dépistage néonatal actuellement, il est basé sur un taux de dosage de taux de TSH ou de la T4 libre dans quelques pays. Pour faire le diagnostic de MCT8, il faudra compléter avec un dosage d’une autre hormone que j’ai mentionné, c’est l’hormone T3 ou la rT3 et ce dosage il n’est pas justement présent à la naissance. Il faudra par contre mentionner que justement le dépistage néonatal. Il entre dans une ère de la génomique dans les années à venir, avec des projets de recherche en cours dont le projet « PERIGENOMED » en France notamment, et qu’avec ces avancées dans le domaine, on pourra probablement envisager dans les années à venir un dépistage néonatal de la maladie avec un diagnostic et une prise en charge précoce pour ces patients.
Eh bien, merci infiniment, docteur Stoupa, de nous avoir fait mieux comprendre cette maladie rare qu’est le déficit en MCT8. Si vous désirez aller plus loin dans la connaissance de cette pathologie, nous vous donnons rendez-vous sur notre site internet www.rarealecoute.com où de nombreuses informations sont à votre disposition. Nous vous remercions de votre fidélité et nous vous donnons rendez-vous sur la chaîne rare à l’écoute pour un prochain numéro sur cette maladie rare. A très vite.
