Quelles sont les circonstances de diagnostic de la maladie de Pompe ? Comment confirmer le diagnostic de cette maladie rare ? Quels diagnostics différentiels écarter ? Quels conseils génétiques proposer aux patients diagnostiqués ? À qui adresser les patients atteints de la maladie de Pompe ?
Le Dr Armelle Magot, neurologue, praticien hospitalier au sein du service des explorations fonctionnelles du CHU de Nantes, qui coordonne le centre de référence des maladies neuromusculaires Atlantique Occitanie Caraïbes, membre du groupe de rédaction du PNDS sur la maladie de Pompe, réalisé avec les filières FILNEMUS et G2M, répond à vos questions.
Si vous désirez vous informer et aller plus loin dans la connaissance de cette pathologie, nous vous invitons à lire notre revue scientifique sur la maladie de Pompe.
Mots clés : maladie de Pompe, maladie rare, maladies neuromusculaires, hypotonie sévère, retard moteur, cardiopathie hypertrophique, signes respiratoires, hypoventilation nocturne, enzymes musculaires, faiblesse musculaire, dépistage sur buvard, activité alpha-glucosidase acide, déficit enzymatique, gène GAA, atteinte myogène, IRM musculaire, électromyogramme, biopsie musculaire, dystrophies des ceintures, conseil génétique, dépistage familial, suivi fonctionnel, suivi pneumologique, adaptations aux handicaps, assistance ventilatoire, accompagnement médico-social, accompagnement psychologique, centres de référence.
L’orateur n’a reçu aucune rémunération pour la réalisation de cet épisode.
Invitée :
Dr Armelle Magot, neurologue, praticien hospitalier au sein du service des explorations fonctionnelles du CHU de Nantes, qui coordonne le centre de référence des maladies neuromusculaires Atlantique Occitanie Caraïbes, membre du groupe de rédaction du PNDS sur la maladie de Pompe, réalisé avec les filières FILNEMUS et G2M.
https://www.chu-nantes.fr/centre-de-reference-des-maladies-neuromusculaires-rares-2
https://www.filnemus.fr/
https://www.filiere-g2m.fr/
L’équipe :
Virginie Druenne – Programmation
Cyril Cassard – Animation
Hervé Guillot – Production
Crédits : Sonacom
Retranscription
Bonjour à tous et bienvenue sur RARE à l’écoute, le podcast dédié aux maladies rares. Aujourd’hui, nous continuons d’explorer la maladie de Pompe. Et pour évoquer le diagnostic de cette maladie rare, nous avons le plaisir d’accueillir le docteur Armelle Magot. Docteur Magot, bonjour.
Dr Magot : Bonjour.
Docteur Magot, vous êtes neurologue au sein du service des explorations fonctionnelles du CHU de Nantes, qui coordonne le centre de référence des maladies neuromusculaires Atlantique Occitanie Caraïbes, et vous faites partie du groupe de travail du PNDS sur la maladie de Pompe, réalisé avec les filières Filnemus et G2M. Tout d’abord, docteur Magot, quelles sont les principales circonstances de diagnostic de la maladie de Pompe ?
Dr Magot : On va pouvoir évoquer ce diagnostic dans plusieurs situations et notamment, c’est une maladie qui va surgir à plusieurs âges dans la vie. Donc, en fonction de l’âge, on va avoir des symptômes différents, notamment dans la forme infantile précoce. Les premiers signes peuvent apparaître dès les premiers jours de vie avec une hypotonie sévère, un retard moteur et ce qui est caractéristique dans cette forme, c’est la présence d’une cardiopathie hypertrophique qu’on peut déceler sur une radio de thorax ou à l’échographie cardiaque. La forme infantile, elle est très particulière, mais vraiment à rendre distinctes des formes adultes qui vont survenir plus tardivement. Et là, les patients vont pouvoir consulter en raison de l’apparition d’une baisse de force au niveau des membres inférieurs, ce qui va notamment les gêner pour monter les escaliers, pour se lever d’une chaise ou pour courir, par exemple. Les premiers symptômes peuvent être également des signes respiratoires avec une hypoventilation nocturne qui va être responsable d’une somnolence dans la journée. Certains patients peuvent se plaindre également d’une forme pseudo métabolique avec une intolérance à l’effort ou parfois, c’est une augmentation des enzymes musculaires qui sont découverts un peu de façon fortuite sur une biologie standard qui va mettre la puce à l’oreille. Il faut savoir que le retard diagnostic dans la forme adulte de la maladie est très fréquent et il faut savoir l’évoquer assez systématiquement devant toute faiblesse musculaire d’évolution progressive, notamment s’il y a des signes respiratoires inexpliqués.
Et justement, devant ces symptômes, comment s’opère le diagnostic de la maladie de Pompe ?
Dr Magot : Le diagnostic, il va être assez simple à réaliser, à condition d’y penser, puisqu’on va pouvoir doser l’activité enzymatique responsable de la maladie de Pompe par un test buvard. Donc, on va mettre une goutte de sang sur un papier buvard, ce qui va permettre d’analyser l’activité alpha-glucosidase acide. Cette analyse, elle peut aussi se faire à partir d’une prise de sang standard. Donc, on va avoir un effondrement de cette activité à partir de ce dosage, ce qui va permettre de confirmer la maladie. On peut aussi faire l’analyse génétique du gène responsable de la maladie de Pompe en analysant le gène GAA, ce qui permettra de confirmer définitivement le diagnostic. Certains examens peuvent aider à orienter vers ce diagnostic et notamment l’IRM musculaire, avec une atteinte spécifique de certains muscles dans la maladie de Pompe, notamment la langue qui est précocement touchée. En revanche, d’autres examens ne sont pas très utiles et ne vont pas permettre d’arriver au diagnostic, mais peuvent l’orienter comme l’électromyogramme qui peut montrer une atteinte myogène quand on fait un EMG de détection.
Et à ce stade, quels sont les diagnostics différentiels à écarter ?
Dr Magot : Alors, la présentation de la maladie de Pompe à l’âge adulte, elle n’est pas spécifique d’une myopathie en particulier. Elle peut être confondue avec plusieurs autres maladies neuromusculaires, notamment les dystrophies des ceintures. C’est vraiment le dépistage sur buvard qui va nous permettre d’orienter vers la maladie de Pompe. Il faut y penser assez systématiquement devant un déficit des ceintures, même avant d’envisager une biopsie musculaire.
Pour les patients qui sont diagnostiqués, docteur Magot, quels conseils génétiques leur procurer ?
Dr Magot : Comme toute maladie neuromusculaire, l’annonce du diagnostic est un moment clé pour le patient. Ça doit être réalisé avec tact et dans un monde idéal, avec un cadre pluridisciplinaire. Le neurologue, bien sûr, le généticien dans l’idéal et un accompagnement psychologique font partie d’une bonne annonce diagnostique. Elle va se dérouler en plusieurs temps, cette annonce diagnostique, avec une explication de la maladie, une réponse aux questions des patients et on va notamment insister sur l’évolution de la maladie et les traitements qui sont disponibles dans cette maladie. Dans cet entretien, il faudra aussi impliquer le patient pour sa surveillance à venir et aussi vérifier qu’il a un bon accompagnement médico-social pour son quotidien. Sur le plan génétique, la maladie de pompe, c’est une maladie de transmission autonomique récessive. Il est important au patient d’expliquer ce que ce terme veut dire et notamment, le risque d’être malade va concerner essentiellement sa fratrie. Il n’y aura pas de transmission aux descendants. En revanche, on peut discuter le dépistage des apparentés, notamment pour ceux qui sont en âge de procréer, afin de dépister les patients qui sont dits porteurs sains. Pour conclure sur cette annonce diagnostique, un accompagnement psychologique est important pour tous les patients et notamment aussi pour les patients qui sont diagnostiqués avec la forme infantile, d’accompagner les parents sur le suivi de cette maladie qui est un pronostic plus sombre que la forme adulte.
Et pour conclure, docteur Magot, vers qui orienter les patients pour leur prise en charge et leur suivi une fois qu’ils ont été diagnostiqués ?
Dr Magot : La prise en charge de la maladie de Pompe, elle est multidisciplinaire. Elle va impliquer plusieurs spécialistes et dans l’idéal, en centres de référence neuromusculaires. Le neurologue va être au sein de la coordination, surtout de la prise en charge et du suivi global, parce qu’une fois que le diagnostic est fait, c’est surtout son rôle de coordination qui va être important. Le généticien, lui, va permettre aussi d’intervenir pour la confirmation du diagnostic et le conseil génétique dans la famille. Ce qui va être plus important au quotidien pour le patient, c’est le suivi par un médecin de réadaptation qui va organiser le suivi fonctionnel, l’organisation de l’appareillage, les adaptations aux handicaps. Pour les patients avec la forme infantile, le cardiologue va permettre de surveiller l’évolution de cette cardiomyopathie. Et on l’a vu sur le plan respiratoire, le suivi pneumologique est important avec la mise en place d’une assistance ventilatoire si besoin au fil de l’évolution. Et enfin, tout un monde paramédical va permettre de s’assurer du suivi et du traitement de ces patients, notamment les kinésithérapeutes, les orthophonistes et sur un plan médico-social, les assistants sociaux, les associations vont pouvoir accompagner les patients dans leurs démarches administratives l’adaptation du cadre de vie et éventuellement un soutien psychologique. Donc, ce suivi, il doit être régulier, il doit être adapté à l’évolution de la maladie et on doit suivre les patients avec une approche personnalisée pour optimiser leur qualité de vie.
Merci infiniment, docteur Magot, de nous avoir fait mieux connaître cette maladie rare que la maladie de Pompe. Si vous désirez aller plus loin dans la connaissance de cette pathologie, nous vous donnons rendez-vous sur notre site internet, www.rarealeecoute.com, où de nombreuses informations sont à votre disposition. Remercions de votre fidélité et nous vous donnons rendez-vous sur la chaîne RARE à l’écoute pour un prochain numéro sur cette maladie rare. À très vite.
