Quel tableau clinique doit faire suspecter une dystrophie musculaire de Duchenne ? Quels examens permettent d’orienter le diagnostic de cette maladie rare ? Comment affirmer le diagnostic ? Quels sont les diagnostics différentiels à écarter ? Quelles explorations complémentaires effectuer en cas de suspicion de la maladie ? À qui adresser les patients atteints de dystrophie musculaire de Duchenne ?
Dr Caroline Espil-Taris, neuropédiatre, praticien hospitalier au sein du service de neurologie pédiatrique du CHU de Bordeaux, responsable du site pédiatrique au centre de référence Maladies Rares Maladies Neuromusculaires Atlantique-Occitanie-Caraïbes de Bordeaux affilié à la filière Filnemus, et membre de la commission essais thérapeutiques de la filière Filnemus.
Si vous désirez vous informer et aller plus loin dans la connaissance de cette pathologie, nous vous invitons à lire notre revue scientifique sur la Dystrophie musculaire de Duchenne.
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L’orateur n’a reçu aucune rémunération pour la réalisation de cet épisode.
Invitée :
Dr Caroline Espil-Taris, neuropédiatre, praticien hospitalier au sein du service de neurologie pédiatrique du CHU de Bordeaux, membre de la commission essais thérapeutiques de la filière Filnemus. Responsable du site pédiatrique au centre de référence CRMRNM (Maladies Rares Maladies Neuromusculaires) Atlantic-Occitanie-Caraïbes de Bordeaux affilié à la filière Filnemus.
https://www.chu-bordeaux.fr/Patient-proches/Maladies-rares/Maladies-neuromusculaires/
https://www.filnemus.fr/
L’équipe :
Virginie Druenne – Programmation
Cyril Cassard – Animation
Hervé Guillot – Production
Crédits : Sonacom
Retranscription
Bonjour à tous et bienvenue sur RARE à l’écoute, le podcast dédié aux maladies rares. Aujourd’hui, nous continuons d’explorer la dystrophie musculaire de Duchenne. Et pour évoquer le diagnostic des patients touchés par cette maladie rare, nous avons le plaisir d’accueillir le docteur Caroline Espil-Taris. Docteur Espil-Taris, bonjour. Bonjour à tous.
Dr Espil-Taris : Bonjour.
Docteur Espil-Taris, vous êtes neuropédiatre au sein du service de neurologie pédiatrique du CHU de Bordeaux. Vous êtes responsable du site pédiatrique du centre de référence maladie rare des Maladies rares des maladies neuromusculaires Atlantic-Occitanie-Caraïbes de Bordeaux, de la filière Filnemus et membre de la commission essais thérapeutiques de la filière Filnemus également.
Alors, tout d’abord, Docteur Espil-Taris, quel est le tableau clinique qui doit faire suspecter une dystrophie musculaire de Duchenne ?
Dr Espil-Taris : Il s’agit très souvent de petits garçons qui viennent consulter parce qu’ils présentent dans leur développement moteur un certain retard pour des acquisitions qui sont plutôt non pas une acquisition de la marche, parce que celle-ci est souvent acquise dans la limite supérieure de la normale, mais il s’agit surtout de difficultés pour courir ou des difficultés pour monter les escaliers, voire des chutes fréquentes qui s’installent sur les mois ou l’année qui précède cette consultation. Ce sont souvent des enfants qui sont âgés de 3 à 6 ans. Et lorsqu’on les examine, on peut observer très souvent une marche plutôt dandinante avec une hyperlordose. Lorsqu’on leur demande de courir, il s’agit d’enfants qui ont surtout une marche rapide. Et enfin, quand on les fait se relever du sol de la position assise, ils présentent un signe que l’on appelle le signe de gowers, c’est-à-dire qu’ils ont besoin de s’aider avec un appui des mains au sol, puis sur les genoux, pour se relever de la position assise à debout, et qui témoigne alors d’une atteinte des muscles de la ceinture pelvienne. Ça, c’est la présentation motrice, mais il existe également des enfants qui peuvent présenter un retard plus global de développement et très souvent un retard intellectuel ou cognitif associé à ce retard moteur. Il faut donc penser que tout petit garçon de moins de deux ans qui présente un retard de langage oral ou un retard cognitif doit faire évoquer dans le diagnostic une myopathie de Duchenne également.
Quels sont les examens qui permettent d’orienter le diagnostic ?
Dr Espil-Taris : L’examen principal qui permet d’orienter le diagnostic, c’est le dosage des enzymes musculaires au niveau sanguin, c’est-à-dire un dosage de CPK, qui révélera une augmentation importante de ces enzymes, puisqu’elles seront le plus souvent au-delà de 10 à 20 fois la normale. Il n’y a pas d’indication à réaliser un électromyogramme. Celui-ci montrera très souvent ce que l’on appelle une atteinte myogène, mais qui ne permettra pas de spécifiquement orienter sur le diagnostic de myopathie Duchenne.
Et ensuite, comment s’opère le diagnostic de confirmation cette fois ?
Dr Espil-Taris : La confirmation de diagnostic commence par la réalisation d’une biopsie musculaire. Celle-ci est réalisée soit au niveau de l’épaule dans le muscle du deltoïde, soit au niveau de la cuisse dans le quadriceps. L’analyse du muscle en anatomopathologie permet de confirmer des lésions que l’on appelle de dystrophie, c’est-à-dire que l’on voit au sein du muscle de la nécrose et de la régénération. Et puis, il s’y associe également ce que l’on appelle de la fibrose et plus tardivement, une infiltration adipose, c’est-à-dire de graisse. Et cette biopsie est complété par une analyse de la protéine que l’on appelle la dystrophine, par une immunohistochimie et une analyse en western blot. Et ces deux examens sur la biopsie musculaire confirment une anomalie de la dystrophine, c’est-à-dire que soit celle-ci présente une anomalie de taille, soit de quantité qui permet de bien orienter le diagnostic par anomalie de cette protéine. Et une fois que cette anomalie est confirmée, l’analyse génétique vient compléter qui a été et confirmer définitivement sur le diagnostic. C’est une analyse en biologie moléculaire du gène de la dystrophine qui va permettre d’identifier une délétion ou une duplication ou une mutation dans le gène de la dystrophine. Et cette analyse consiste simplement en une prise de sang.
Et en termes de diagnostic différentiel, docteur Espil-Taris, lesquels faut-il écarter ?
Dr Espil-Taris : Il y a très peu de diagnostic différentiel à évoquer. Les autres dystrophies musculaires progressives, c’est-à-dire les atteintes musculaires des ceintures, sont beaucoup plus rares et exceptionnelles chez des enfants. Il s’agit le plus souvent de myopathies bien spécifiques que l’on appelle des sarcoglycanopathies ou des déficits en calpaïne ou en dysferline. Mais dans ce cas-là, c’est bien l’analyse de la biopsie musculaire avec la même stratégie que l’on a précédemment citée pour la myopathie de Duchenne, qui va permettre de confirmer le diagnostic. C’est donc la raison pour laquelle la biopsie musculaire a toute sa place dans la confirmation diagnostique de la myopathie de Duchenne.
Et à ce stade de diagnostic, justement, est-ce qu’il y a des explorations complémentaires à réaliser ?
Dr Espil-Taris : Il n’y a pas d’autres explorations complémentaires à proposer lorsque le diagnostic est confirmé chez un petit garçon entre l’âge de trois et six ans. En En revanche, il faut très rapidement organiser un conseil génétique pour essayer de bien comprendre comment cette maladie est survenue au sein de la famille.
Et pour conclure, docteur Espil-Taris, en cas de forte suspicion, vers qui orienter les jeunes patients concernés ?
Dr Espil-Taris : On vient d’orienter ces familles très rapidement vers un neuropédiatre référent au sein d’un centre de compétences ou d’un centre de référence des maladies neuromusculaires.
Eh bien merci 1000 fois à docteur Espil-Taris de nous avoir fait mieux connaître cette maladie rare qu’est la dystrophie musculaire de Duchenne. Quant à nous, chers auditeurs, si vous désirez aller plus loin dans la connaissance de cette pathologie, nous vous donnons rendez-vous sur notre compte Instagram RARE à l’écoute ou notre site internet www.rarealecoute.com où de nombreuses informations sont à votre disposition et où vous pourrez retrouver les précédents épisodes consacrés à cette maladie. Nous vous remercions pour votre fidélité et nous vous donnons rendez-vous sur la chaîne RARE à l’écoute pour un prochain numéro sur cette maladie rare. À très vite.
