Qu’est-ce que le réseau ACT4ALS-MND ? Comment est-il structuré ? Quels sont les objectifs de ACT4ALS-MND ? Comment ce réseau facilite-t-il l’accès des patients aux essais cliniques ? Quelles actions ont été rendues possibles grâce à sa mise en place ? Quelles sont les ambitions d’ACT4ALS-MND pour les années à venir dans la lutte contre la sclérose latérale amyotrophique ?
Le Pr Gaëlle Bruneteau, neurologue au sein du service de neurologie de l’hôpital Pitié-Salpêtrière à Paris, membre du Centre de Référence SLA Paris Île-de-France et co-coordonnatrice du réseau ACT4ALS-MND, répond à vos questions.
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L’orateur n’a reçu aucune rémunération pour la réalisation de cet épisode.
Invitée :
Pr Gaëlle Bruneteau, neurologue au sein du service de neurologie de l’hôpital Pitié-Salpêtrière à Paris, membre du Centre de Référence SLA Paris Île-de-France et co-coordonnatrice du réseau ACT4ALS-MND.
https://www.aphp.fr/pitie-salpetriere/service-de-neurologie
https://act4als.org/
https://portail-sla.fr/
L’équipe :
Virginie Druenne – Programmation
Cyril Cassard – Animation
Hervé Guillot – Production
Crédits : Sonacom
Retranscription
Bonjour à tous et bienvenue sur RARE à l’écoute, le podcast dédié aux maladies rares. Chez RARE à l’écoute, nous avons choisi de donner la parole aux filières de santé maladies rares, des acteurs essentiels dans la prise en charge des patients en France, pour mieux comprendre leur organisation, leur mission et leur impact sur le parcours de soins. Alors, aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir le travail de recherche clinique en réseau, un enjeu majeur au sein de la filière FILSLAN, la filière nationale de santé maladies rares dédiée à la sclérose latérale amyotrophique et aux maladies du neurone moteur. Et pour en parler, nous avons le plaisir d’accueillir le professeur Gaëlle Bruneteau. Bonjour, professeur Bruneteau.
Pr Bruneteau : Bonjour.
Professeur Bruneteau, vous êtes neurologue au sein du service de neurologie de l’hôpital Pitié-Salpêtrière à Paris, spécialiste de la SLA. Vous faites partie de l’équipe médicale du Centre de référence SLA Paris Île-de-France, sous l’égide de la filière FILSLAN. Et vous êtes co-coordonnatrice du réseau ACT4ALS-MND, le Réseau National de Recherche Clinique dans la Sclérose Latérale Amyotrophique. Justement, professeur Bruneteau, qu’est-ce que le réseau ACT4ALS-MND ?
Pr Bruneteau : Alors, effectivement, ACT4ALS-MND est le réseau français de recherche clinique dans la SLA et les maladies du motoneurone qui s’est mis en place en février 2020 à l’initiative de la filière maladies rares FILSLAN. La création de ce réseau est venue d’une volonté forte d’élargir l’accès aux essais cliniques au plus grand nombre de patients atteints de ces maladies rares, et ce, quel que soit leur lieu de résidence. Et donc, nous avons fait le constat que cela nécessitait une structuration nationale. Créé initialement avec 19 centres experts, ACT4ALS-MND regroupe actuellement les 22 centres de référence et de compétence de la filière FILSLAN, qui sont répartis sur l’ensemble du territoire français.
Et donc comment est-ce qu’il est structuré, ce réseau ?
Pr Bruneteau : Le réseau est hébergé à l’Institut du cerveau de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris et c’est là que sa coordination opérationnelle est réalisée. Nous sommes cinq coordonnateurs avec des expertises complémentaires. Le professeur Philippe Couratier, animateur de la filière FILSLAN et responsable du Centre SLA de Limoges. Le professeur Julien Cassereau, Responsable du Centre SLA d’Angers. Le docteur Aude-Marie Grapperon, Responsable du Centre SLA de Marseille, le professeur David Devos, Neurologue et Pharmacologue au CHU de Lille, et moi-même, qui suis donc neurologue au Centre SLA et à l’Institut du cerveau de la Pitié Salpêtrière à Paris. Deux chefs de projet, Alizée Chalençon et Nadia Osman, assurent la mise en œuvre et le suivi des activités du réseau et leur rôle est tout simplement central. Le réseau est donc organisé autour de ce comité de coordination qui va pour accompagner le montage et le suivi des projets de recherche. Il s’appuie également sur l’expertise d’un conseil scientifique dédié et sur l’expertise des centres SLA français qui, finalement, constituent ces 22 unités d’investigation et dont les responsables participent chaque année au comité directeur du réseau. La qualité et l’efficacité de cette structuration a d’ailleurs permis à ACT4ALS-MND d’obtenir en 2021 la labellisation F-CRIN, c’est-à-dire le label infrastructure nationale de recherche clinique.
Quels sont les objectifs de ACT4ALS-MND ?
Pr Bruneteau : Le premier objectif majeur du réseau, c’est d’augmenter le nombre d’essais thérapeutiques, c’est-à-dire d’essais qui testent un nouveau médicament ou une nouvelle stratégie de traitement dans la SLA et les maladies du motoneurone sur le territoire français. Deuxième objectif : augmenter le nombre de patients français qui y participent et idéalement au sein de leur centre SLA de proximité, c’est-à-dire sans avoir à se déplacer dans un autre centre. Le troisième objectif est plus largement de favoriser tous les projets de recherche sur la SLA et les maladies du motoneurone en France, y compris les projets de recherche qui ne sont pas thérapeutiques, mais qui visent à mieux comprendre ces maladies, comme par exemple identifier les mécanismes en cause. Donc, le réseau vise à être le guichet unique pour la mise en place de protocoles de recherche, qu’ils soient thérapeutiques ou non thérapeutiques, avec des missions qui vont aller du premier contact avec la personne ou la structure, que l’on appelle le promoteur, qui souhaite réaliser un essai clinique, jusqu’au suivi du recrutement des participants, en passant par l’obtention des autorisations réglementaires nécessaires. Enfin, un autre enjeu clé pour le réseau, c’est d’augmenter la visibilité et l’attractivité de la France pour la réalisation d’essais cliniques dans ces maladies, en particulier pour les essais thérapeutiques et donc en lien avec les industriels du secteur.
Et concrètement, professeur Bruneteau, en quoi ce réseau facilite-t-il l’accès aux essais cliniques ?
Pr Bruneteau : Alors, pour pouvoir proposer la participation à un essai clinique au plus grand nombre de patients, il faut à la fois augmenter le nombre d’essais réalisés en France, en particulier le nombre d’essais thérapeutiques, et également en faciliter le déroulement. À la création du réseau, nous avons donc réalisé une sorte d’audit des atouts, mais aussi des handicaps pour la réalisation des essais cliniques, atouts et handicaps que présentaient les centres SLA français. Et pour cet audit, nous avons étudié séparément les essais thérapeutiques que l’on appelle de phases précoces, ceux où l’on teste pour la première fois un traitement chez l’homme, où l’on cherche la bonne dose en vérifiant la tolérance, et les essais de phases tardives, dits essais de confirmation, qui sont ceux où l’on compare ce traitement à grande échelle, cette fois pour prouver son efficacité et en obtenir l’autorisation. Cet état des lieux nous a permis d’identifier des atouts clés, en particulier la structuration de la filière de prise en charge en France, la FILSLAN, avec ses 22 centres experts. Il faut savoir qu’environ 80% des patients atteints de SLA ou d’une autre maladie du motoneurone sont suivis dans un de ces centres, avec des guidelines de prise en charge qui sont communes. Et cette homogénéité dans la prise en charge et le nombre important de patients suivis dans ces centres sont clairement un élément très attractif pour la réalisation des essais thérapeutiques. Par contre, les centres français semblaient moins attractifs que d’autres centres en Europe, en particulier pour les essais de phases précoces. Ce n’était d’ailleurs pas spécifique à la SLA et aux maladies du motoneurone, puisque tous domaines confondus, la France n’était seulement en 2020 que le cinquième pays européen pour le nombre d’essais de ce type. Et à la suite de cet audit, le réseau a développé des outils pour faciliter et accélérer la recherche. Outils qui couvrent toutes les étapes d’un projet de recherche clinique, qu’il soit porté par un chercheur académique ou par un industriel. Tout d’abord pour la conception du projet. Afin que l’étude réalisée permette de répondre à la question posée, par exemple : Est-ce que le traitement testé est efficace ? Nous avons mis en place un comité méthodologique. Tout protocole de recherche doit avoir un financement propre et nous accompagnons donc également le chercheur ou l’industriel afin qu’il puisse établir le budget nécessaire pour la réalisation de l’étude clinique. Nous assurons également un support réglementaire puisque pour pouvoir démarrer, un protocole de recherche qui implique la personne humaine doit obligatoirement avoir été approuvé par les autorités compétentes. Ces autorités sont l’agence du médicament, en France, il s’agit de l’ANSM, et le comité de protection des personnes ou CPP, pour l’évaluation des aspects éthiques et scientifiques. Enfin, le réseau assure, tout au long de l’étude elle-même, un support à sa conduite et à son déroulement, c’est-à-dire le recrutement des participants et leur suivi dans le cadre de l’étude en s’appuyant sur l’expertise des 22 centres de la filière. En complément de ces actions, le réseau a également une action de communication et de diffusion des informations, à la fois en interne au sein du réseau et également vers le grand public, avec des liens étroits avec les associations de patients comme l’ARSLA.
Quelles sont les actions qui ont été rendues possibles par le réseau ACT4ALS-MND ?
Pr Bruneteau : Nous avons justement réalisé en fin d’année dernière le bilan de l’activité des cinq premières années du réseau. Et les chiffres montrent bien les progrès réalisés, avec une augmentation du nombre d’essais thérapeutiques, du nombre de centres participants et également du nombre de patients français inclus dans un essai. Si on prend les seuls essais thérapeutiques, donc testant un médicament ou une approche de traitement, conduit par un industriel, on observe un quasi-doublement du nombre d’essais en France entre la période 2015-2020 et la période 2020-2025, donc après la création du réseau. Le nombre de patients français inclus dans un essai thérapeutique industriel a également significativement augmenté. Et entre 2020 et 2025, la France a même été dans le top 3 des pays ayant recruté d’un des plus de patients en Europe pour plusieurs larges essais thérapeutiques dans le domaine de la SLA. Autre point très positif, on observe également une meilleure couverture géographique dans l’accès aux essais thérapeutiques industriels, puisque sur la période fin mai 2025, plus de 70% des centres de la FILSLAN ont été impliqués dans au moins une étude thérapeutique. Bien sûr, nous ne sommes clairement pas encore à l’objectif que nous nous sommes fixés, qui est de pouvoir proposer la participation à un essai clinique à tout patient qui le souhaite, idéalement dès le moment du diagnostic de la maladie. Mais le travail réalisé par le réseau ACT4ALS-MND et par les centres de la filière FILSLAN pour faciliter l’accès aux essais thérapeutiques pour les patients français, a finalement porté ses fruits.
Merci professeur Bruneteau. Alors, pour conclure, quelles sont les ambitions d’ACT4ALS-MND pour les années à venir dans la lutte contre la sclérose latérale amyotrophique ?
Pr Bruneteau : Pour les années à venir, le réseau a plusieurs objectifs stratégiques. Le premier est de développer un dispositif d’évaluation réglementaire accéléré pour les essais cliniques de phases précoces dans la SLA et les maladies du motoneurone en France, un dispositif dit « FAST-TRAC ». L’objectif de ce dispositif sera d’accélérer la mise en place de ce type d’essai en France et d’en augmenter le nombre. Et ce dispositif FAST-TRAC, SLA maladies du motoneurone, s’appuiera sur le dispositif national qui vient d’être mis en place en mars dernier par l’ANSM pour les essais de phases précoces, en particulier dans le domaine de l’oncologie. Deuxième objectif majeur : favoriser la mise en place en France d’essais thérapeutiques d’un design innovant que l’on appelle « Essai plateforme ». Ce type d’essai permet de tester plusieurs médicaments en même temps plutôt que de les tester les uns après les autres. Et donc d’accélérer l’obtention de réponses sur l’efficacité de molécules prometteuses, ce qui est bien sûr fondamental pour les maladies rapidement évolutives comme la SLA. Enfin, troisième objectif clé du réseau, continuer à assurer le soutien à la mise en place de grandes cohortes de suivi de patients qui visent à améliorer les connaissances sur les causes et les mécanismes impliqués dans les maladies du motoneurone. Par exemple, le réseau est très impliqué dans la mise place de la cohorte ALS Gut, qui va être ouverte d’ici à fin 2026 à l’initiative de la filière FILSLAN et avec le support de l’association ARSLA. L’objectif d’ALS Gut sera de déterminer la composition du microbiote intestinal au sein d’une large population de patients atteints de SLA en association avec le grand projet français, le French Gut. Le microbiote, c’est l’ensemble des micro-organismes, bactéries, virus, parasites, qui sont présents dans notre intestin à l’état normal qui peuvent en quelque sorte se dérégler. Et cette étude va permettre de mieux comprendre les liens du microbiote avec la maladie et également comment moduler sa composition pourrait être utilisé comme une stratégie de traitement.
Un grand merci, professeur Bruneteau, de nous avoir éclairé sur le réseau ACT4ALS-MND de la filière FILSLAN. Si vous désirez aller plus loin et en savoir davantage sur cette filière, rendez-vous sur notre site internet, www.rarealecoute.com ou sur le site de FILSLAN, Portail-SLA.fr. Merci de votre fidélité. Nous vous donnons rendez-vous sur la chaîne RARE à l’écoute pour un prochain numéro dédié aux maladies rares. À très vite.
