Qu’est-ce que l’achondroplasie ? Quel tableau clinique doit faire suspecter une achondroplasie ? A quel moment le diagnostic est-il effectué ? Quel bilan réaliser ? Comment accompagner les parents d’un nouveau-né ou d’un enfant touché par l’achondroplasie ? Qui prend en charge et suit ces jeunes patients ?
Dr. Geneviève Baujat, pédiatre généticien clinicien au sein du service de génétique médicale de l’hôpital Necker enfants malades à Paris, et praticien hospitalier du Centre de référence des maladies osseuses constitutionnelles (MOC), affilié à la filière OSCAR, répond à vos questions.
Si vous désirez vous informer et aller plus loin dans la connaissance de cette pathologie, nous vous invitons à lire notre revue scientifique sur l’Achondroplasie.
Mots clés : Achondroplasie, pathologie, squelette, cartilage, maladies rares du squelette, maladie rare, maladie génétique, maladie osseuse de l’enfant, diagnostic prénatal, pathologies fœtales, prise en charge, développement de l’enfant, suivi multidisciplinaire, amniosynthèse, personne de petite taille.
L’orateur n’a reçu aucune rémunération pour la réalisation de cet épisode.
Invitée :
Dr. Geneviève Baujat, pédiatre généticien clinicien au sein du service de génétique médicale de l’hôpital Necker enfants malades à Paris, et praticien hospitalier du Centre de référence des maladies osseuses constitutionnelles (MOC), affilié à la filière OSCAR.
https://maladiesrares-necker.aphp.fr//moc/
https://www.filiere-oscar.fr/
L’équipe :
Virginie Druenne – Programmation
Cyril Cassard – Animation
Hervé Guillot – Production
Crédits : Sonacom
Retranscription
Bonjour à tous et bienvenue sur RARE à l’écoute, le podcast dédié aux maladies rares. Aujourd’hui, nous découvrons une nouvelle maladie rare, l’achondroplasie. Et pour en parler, nous avons le plaisir d’accueillir le docteur Geneviève Baujat. Docteur Baujat, bonjour.
Dr. Baujat : Bonjour.
Docteur Baujat, vous êtes pédiatre de formation, généticien clinicien au sein du service de génétique médicale de l’hôpital Necker enfants malades à Paris, et praticien hospitalier du Centre de référence des maladies osseuses constitutionnelles, le MOC, au sein de la filière OSCAR. Alors pour débuter notre entretien Docteur Baujat, une question très simple: qu’est-ce que l’achondroplasie ?
Dr. Baujat : L’achondroplasie, c’est une pathologie du squelette, exactement du cartilage, du développement du cartilage. Elle fait partie du groupe des maladies rares, mais c’est une des plus fréquentes maladies du squelette avec à peu 1/20 000 naissances aujourd’hui. Le diagnostic, en général, est porté pendant la grossesse, en fin de grossesse, et il peut s’agir de formes transmises, c’est-à-dire qu’un des deux parents est porteur de cette pathologie ou de formes nouvelles, non transmises, non héritées, qu’on appelle donc des formes d’Esnouveaux.
Quel est le tableau clinique qui doit faire suspecter une achondroplasie ?
Dr. Baujat : Comme nous venons de le dire, il s’agit d’une pathologie qui, majoritairement, est mise en évidence pendant la grossesse, au troisième trimestre, à l’échographie de 32 semaines. Ce sera avant tout des os long cours lors de l’échographie, ce qu’on appelle de screening, c’est-à-dire faites systématiquement en France, des os longs cours un peu particuliers, avec d’autres petits signes qui sont le fait d’avoir un crâne plutôt confortable, parfois un peu trop de liquide amniotique, une anomalie de l’extrémité supérieure du fémur qui a un aspect effilé, qui est caractéristique, avec d’autres petits signes qui sont recherchés par des médecins experts des pathologies prénatales et parfois même des pathologies du squelette.
Alors, une forte suspicion au troisième trimestre de la grossesse, mais en règle générale, à quel moment le diagnostic est-il effectué ?
Dr. Baujat : En général, quand il y a cette forte suspicion diagnostic à l’échographie. Donc on a déjà dit l’échographie de dépistage qui va mener à une échographie d’expertise, le couple va être adressé dans un centre spécialement dédié pour les pathologies fœtales qu’on appelle des CP-DPN. On discutera trois options, soit d’aller vers un scanner avec des coupes de reconstruction osseuses, basse dose, avec des paramètres très particuliers pour limiter l’irradiation. Là, vraiment, ce scanner est d’excellente résolution et donne le diagnostic. Donc ça c’est l’option 1. L’option 2, parce que ce scanner n’est pas disponible forcément dans tous les centres CP-DPN et il pourra y avoir une étude génétique, une étude moléculaire, en général faite sur un prélèvement de liquide amniotique, donc une amniosynthèse avec recherche de la mutation responsable de cette pathologie, ce qu’on appelle un variant pathogène. Et dans le cadre de l’achondroplasie, il s’agit, dans la grande majorité des cas, dans 99% d’une même mutation au niveau d’un gène nommé FGFR3, puisqu’il s’agit d’une pathologie génétique. Et dans les 1% restants, c’est quelques autres mutations rares, mais qui ne sont pas recherchées de façon régulière en prénatal. Et puis, il y a une autre façon d’aller au diagnostic qui est une méthode beaucoup plus récente et qui est limitée à quelques centres pour l’instant et qui probablement va être diffusée dans les prochaines années, qui est de rechercher la mutation sur l’ADN fœtal présent dans le sang maternel.
À partir d’une prise de sang maternelle, on va pouvoir confirmer le diagnostic d’achondroplasie. Et puis, la troisième option, c’est de dire: On a une forte suspicion d’achondroplasie. Le couple est référé dans des équipes experts de cette pathologie et ce couple va choisir d’attendre la naissance pour confirmation du diagnostic avec soit les radios, soit aujourd’hui, on est très systématique, l’étude moléculaire pratiquée chez le petit bébé.
Et donc justement, lorsque le diagnostic est confirmé, quel bilan réaliser ?
Dr. Baujat : Enfaite tout va dépendre du moment du diagnostic. Soit, on est pendant cette fin de grossesse, au troisième trimestre et on ferait juste ce scanner. On discute le scanner. Tous les centres ne vont pas réaliser ce scanner puisque le diagnostic peut être parfois confirmé, fortement, en tout cas évoqué par l’échographie. Et puis le scanner est proposé soit pour discuter d’autres diagnostics différentiels, soit pour confirmer ce diagnostic et puis discuter de la voie d’accouchement. Et puis cette étude moléculaire avec soit l’amniosynthèse et étude génétique avec recherche de la mutation prévalente, la mutation récurrente de l’achondroplasie, G380R exactement, au niveau de FGFR3, soit le DPNI, diagnostic prénatal non-invasif, prise de sang maternelle, avec recherche de cette fameuse mutation. Cette étude par DPNI, ne se fait pas dans tous les centres. Elle est faite dans certains centres et on peut rajouter qu’elle ne peut être réalisée si la mère porte elle-même l’achondroplasie, parce qu’il peut y avoir une confusion entre l’ADN fœtal et l’ADN maternel. Il n’y a pas d’autres bilans à réaliser lors de ce diagnostic en prénatal, mais ensuite, les parents, par contre, doivent être adressés dans un centre expert. Quand le diagnostic est réalisé après la naissance, ce qui, dans notre expérience, est à peu près dans 10 à 20% des cas aujourd’hui, là, on est, selon le moment où va se faire ce diagnostic, on va commencer le parcours de prise en charge et on va commencer à organiser les bilans de la première année d’un bébé portant une achondroplasie, avec notamment l’IRM de la charnière cervicale du cou, qui est faite vers l’âge entre quatre et six mois, la polysomnographie et les autres examens du parcours de suivi du patient.
Et si on revient au parcours de diagnostic des parents d’un nouveau-né ou d’un enfant touché par l’achondroplasie, comment est-ce qu’ils sont accompagnés ?
Dr. Baujat : Ça, c’est une question extrêmement importante et on fait très attention aujourd’hui à ce que ce parcours soit fait avec des équipes qui connaissent ce diagnostic, qui connaissent le parcours de suivi et ce qu’est un enfant avec une achondroplasie, ce qu’est un adolescent, un adulte avec une achondroplasie. Autrement dit, dans le réseau du Centre de référence maladie osseuse constitué là, (MOC), qui, depuis presque 20 ans, s’occupent de la prise en charge du traitement conventionnel et des nouveaux traitements dans cette pathologie. Donc, le couple, en général, est référé en consultation de génétique dans notre réseau. On a une grosse vingtaine de centres en France avec des médecins généticiens cliniciens ou d’autres pédiatres qui connaissent cette pathologie et qui vont pouvoir donner les grandes lignes de la prise en charge, de l’accompagnement de ces enfants, de leur devenir, qui vont aussi parler du vivre avec, comportant les moyens de garde, la collectivité, l’école, les associations de patients avec qui nous travaillons de façon très rapprochée, qui vont parler aussi des nouveaux traitements. Alors évidemment, on ne va pas leur faire un cours sur ce que c’est que l’achondroplasie, ça c’est très important, mais de leur donner quelques grandes lignes, de leur dire et d’insister sur le fait que les personnes avec une achondroplasie sont des personnes qui n’ont pas de difficulté cognitive, qui vont à l’école, qui vont avoir une formation professionnelle, un métier et pour lequel il y a des mots clés comme évidemment l’adaptation, la prévention, l’accompagnement et de redire à ses parents que ce parcours diagnostique est un moment qui est souvent difficile quand on attend un petit bébé et qu’en fin de grossesse, ce diagnostic est donné.
On a des parents qui sont avec souvent beaucoup de stupeur et qui ont du mal à faire ce chemin de l’acceptation du diagnostic. Donc, il est important de prendre du temps, de les revoir et de s’adapter, d’informer sur les ressources disponibles aujourd’hui grâce à la filière OSCAR et grâce à toutes les initiatives en France, en Europe, sur cette pathologie, grâce aux C’est un formidable travail de l’association, on a plusieurs façons d’adoucir ce moment un petit peu difficile. Bien sûr, avec prudence et en disant bien qu’il y a une grande variabilité entre les enfants et que cet enfant reste avant tout leur enfant.
Et pour conclure, Docteur Baujat, qui prend en charge et suit ces jeunes patients ?
Dr. Baujat : Notre réseau du CRMR MOC, Maladie osseuse constitutionnelle, a organisé depuis une quinzaine d’années des équipes multidisciplinaires dans ces centres de compétences et centres de référence MOC. Donc on a sur le site internet de la filière OSCAR la liste de ces centres. C’est également sur le site du CRMR MOC, sur la plateforme Maladie Rare de Necker, donc avec des équipes formées essentiellement d’orthopédistes, d’ORL, de pneumologues, de différents médecins spécialistes impliqués dans la prise en charge de ces patients. Par contre, cette prise en charge, elle doit être coordonnée. Nous, en France, cette coordination est souvent assurée par un médecin généticien clinicien, mais ça peut être aussi un pédiatre ou un endocrino-pédiatre qui connaît cette pathologie. Je crois que le plus important, c’est de dire que c’est un docteur spécialisé dans les maladies rares du squelette. Et il y a également dans ces équipes des conseillers en génétique, des psychologues et des listes de kinés et des autres professionnels de cette pathologie. Et on a un calendrier de suivi avec quels spécialistes sont requis à quel moment, quels examens complémentaires, nécessaires, suffisants, ni trop, ni trop peu. Et maintenant, on a aussi les coordinateurs de soins qui sont là pour justement faciliter les prises de rendez-vous, les réponses aux familles.
Et puis, Saint-Cricq dans tout ça, a ce suivi conventionnel à partir des premières années de vie, des traitements innovants qui sont dispensés dans ces centres de compétences et de références et qui modifient la trajectoire des enfants. On reste bien sûr prudent sur le long terme, mais ça fait partie également du suivi multidisciplinaire et de la façon dont on va explorer ces enfants, les bilans qui sont réalisés aujourd’hui tiennent compte de ces nouveaux traitements tout au long du parcours. Toute cette prise en charge, évidemment, dans les centres de compétences et de référence pour les maladies osseuses, doit être en étroite interaction avec le médecin traitant qui a une place majeure dans l’accompagnement des familles et qui pourra aussi être en interaction avec l’école et les clubs de sport et tous les partenaires du bon développement de l’enfant.
Merci infiniment, Docteur Baujat, de nous avoir fait mieux connaître cette maladie rare qu’est l’achondroplasie. Quant à nous, chers auditeurs, si vous désirez aller plus loin dans la connaissance de cette pathologie, nous vous donnons rendez-vous sur notre site internet, www.rarealecoute.com, où de nombreuses informations sont à votre disposition. Nous vous remercions de votre fidélité et nous vous donnons rendez-vous sur la chaîne RARE à l’écoute pour un prochain numéro sur cette maladie rare. À très vite.
