Qu’appelle-t-on déficit en MCT8 ? Quel tableau clinique doit faire suspecter un déficit en MCT8 ? Quelle est la physiopathologie de cette maladie rare ? Quel est le pronostic du déficit en MCT8 ? À qui adresser les patients en cas de suspicion de déficit en MCT8 ?
Le Pr Catherine Sarret, neuropédiatre, professeur des universités, praticien hospitalier au CHU de Clermont-Ferrand, responsable du centre de référence des pathologies neuromusculaires de la filière Filnemus et du centre de référence des Leucodystrophies de la filière Brain-Team, coordinatrice du récent PNDS sur le déficit en MCT8, répond à vos questions.
Si vous désirez vous informer et aller plus loin dans la connaissance de cette pathologie, nous vous invitons à lire notre revue scientifique sur le déficit en MCT8.
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L’orateur n’a reçu aucune rémunération pour la réalisation de cet épisode.
Invitée :
Pr Catherine Sarret, neuropédiatre, professeur des universités, praticien hospitalier au CHU de Clermont-Ferrand, responsable du centre de référence des pathologies neuromusculaires de la filière Filnemus et du centre de référence des Leucodystrophies de la filière Brain-Team, coordinatrice du récent PNDS sur le déficit en MCT8.
https://www.chu-clermontferrand.fr/liste-services/neurologie
https://www.chu-clermontferrand.fr/liste-services/genetique-medicale
https://www.filnemus.fr/
https://brain-team.fr/
L’équipe :
Virginie Druenne – Programmation
Cyril Cassard – Animation
Hervé Guillot – Production
Crédits : Sonacom
Retranscription
Bonjour à tous et bienvenue sur RARE à l’écoute, le podcast dédié aux maladies rares. Aujourd’hui, nous abordons une nouvelle maladie rare le déficit en MCT8. Et pour en parler, nous avons le plaisir d’accueillir le professeur Catherine Sarret. Professeur Sarret, bonjour.
Pr Sarret : Bonjour.
Professeur Sarret. Vous êtes neuropédiatre, professeur des universités et praticien hospitalier au CHU de Clermont-Ferrand où vous êtes responsable du centre de référence des pathologies neuromusculaires de la filière Filnemus et responsable du centre de référence des Leucodystrophies de la filière Brain-Team. Vous avez également coordonné le récent PNDS sur le déficit en MCT8. Alors, Professeur Sarret justement pour débuter cet entretien, une question directe, qu’appelle-t-on déficit en MCT8 ?
Pr Sarret : Alors déficit en MCT8 c’est une maladie rare que vous pouvez retrouver également sur d’autres noms éventuels. On retrouve également le terme de syndrome d’Allan-Herndon-Dudley, qui est une des formes de ce déficit en MCT8. Déficit en MCT8, ça veut dire déficit en transporteur de la protéine MCT8. C’est une protéine qui va être importante pour le transport des hormones thyroïdiennes dans différents organes et en particulier vers le cerveau. C’est tout à fait estimatif. Aujourd’hui, on doit connaître dans le monde à peu près 200 à 300 patients concernés par la maladie. Il en existe probablement plus qui n’ont pas forcément été répertoriés.
Et quels sont les signes cliniques qui peuvent faire suspecter un déficit en MCT8 ?
Pr Sarret : Alors cliniquement, ce n’est pas très spécifique, c’est à dire que on va souvent avoir des enfants qui vont naître dans des circonstances relativement normales et puis qui dans les premiers mois de vie, vont commencer à présenter un retard de neurodéveloppement avec des difficultés de tenue de tête, de tenue assise, parfois des difficultés de stabilisation du regard, comme un strabisme, comme un nystagmus, parfois avec des difficultés dans la gestuelle de précision, dans la gestuelle, l’apparition de mouvements un peu désordonnés et parfois une rigidité également au niveau des membres. Ça, ça n’est pas très spécifique en soi. Ça oriente bien évidemment vers une pathologie neurologique de l’enfant. Mais il va falloir pousser les investigations pour essayer de comprendre pourquoi ces symptômes apparaissent chez un enfant. Il existe également des formes un peu plus modérées de la maladie qui vont s’exprimer chez des enfants un peu plus tardivement. Ce sont des enfants qui vont se présenter avec un certain manque de tonus dans leur motricité et souvent des retards dans leurs apprentissages scolaires. Des tableaux de déficience intellectuelle qui peuvent être modérés.
Et comment survient cette maladie rare ? Quelle est sa physiopathologie ?
Pr Sarret : Alors le déficit en transporteur de MCT8, cette protéine, en fait, elle joue un rôle important pour l’apport intracérébrale des hormones thyroïdiennes et l’apport également vers d’autres organes comme le cœur, le foie, etc. Dans le cerveau, c’est extrêmement important. Les hormones thyroïdiennes, c’est ce qui va permettre la régulation de nos gènes de développement. Le défaut de ces hormones thyroïdiennes au niveau au niveau du cerveau va être responsable de ce retard et de ces symptômes neurologiques. Alors pour aller au diagnostic plus précis de cette pathologie, les examens intéressants vont être l’IRM cérébrale qui va en général montrer un défaut de maturation de ce qu’on appelle la substance blanche cérébrale. Ce sont des régions un peu particulières du cerveau qui sont des zones de de connexions cérébrales. Et puis on va doser les hormones thyroïdiennes sur un prélèvement sanguin. La T3 libre, la T4 libre et la TSH. Et ce sont les ratios entre la T3 et la T4 qui vont guider le diagnostic et qui vont ensuite amener à aller faire des recherches génétiques plus précises.
Et justement, pour les patients qui sont touchés, quel est le pronostic du déficit en MCT8 ?
Pr Sarret : Alors ce qu’il faut savoir c’est qu’on avance un peu sur des choses assez récentes sur ce sujet-là. C’est à dire que on s’est rendu compte que certaines personnes pouvaient avoir une survie complètement normale avec des personnes qui ont, qui ont été décrites, qui ont plus de 60 ans. A l’inverse, on a une certaine partie de nos patients qui ont un risque de décès avant l’âge de 20 ans par exemple, dont on ne comprenait pas trop bien parfois l’origine. Alors bien sûr, il y a le polyhandicap. Quand on a un handicap très sévère, on est davantage exposé au risque de complications liées au fait d’être alité. Des risques de pneumonie à des risques de dénutrition. Mais on s’est rendu compte également que ces patients pouvaient avoir des tableaux de mort subite un peu inexpliqués, comme s’il pouvait y avoir également des problématiques cardiaques. Alors aujourd’hui, on comprend un petit peu mieux le mécanisme de ces morts subites. On sait que MCT8 et les hormones thyroïdiennes dans ce syndrome, l’absence d’entrée des hormones thyroïdiennes au niveau du cerveau à cause du déficit en MCT8 qui va faire qu’on a trop d’hormones thyroïdiennes, trop de formes T3 au niveau de nos organes périphériques et ça entraîne une certaine toxicité sur le cœur, le foie, les muscles, etc. Et donc c’est probablement cette toxicité périphérique qui va être responsable de ces symptômes autres chez les patients et en particulier problématiques cardiaques.
Et pour conclure, Professeur Sarret que faire en cas de symptômes évocateurs ?
Pr Sarret : Alors bien sûr, tout retard, tout signe neurologique progressif comme ça chez un enfant doit amener à une consultation auprès d’une équipe de neuropédiatrie, éventuellement en centre de référence quand on a la possibilité de consulter auprès de nos centres. Mais bien évidemment en première ligne, ce sont plutôt les neuropédiatres des services de proximité qui vont être les personnes référentes qui vont lancer les investigations pour rechercher différentes maladies neurologiques, dont le déficit en MCT8.
Eh bien merci infiniment Professeur Sarret de nous avoir fait mieux connaître cette maladie rare qu’est le déficit en MCT8. Quant à nous, chers auditeurs, si vous désirez aller plus loin dans la connaissance de cette pathologie, nous vous donnons rendez-vous sur notre site internet www.rarealecoute.com où de nombreuses informations sont à votre disposition. Nous vous remercions de votre fidélité et nous vous donnons rendez-vous sur la chaine RARE à l’écoute pour un prochain numéro sur cette maladie rare. A très vite.
