Qu’appelle-t-on maladie de Pompe ? Quelle est la physiopathologie de cette maladie rare ? Quel tableau clinique doit faire suspecter la maladie de Pompe ? Quel est le pronostic de la maladie de Pompe ? À qui adresser les patients en cas de suspicion de maladie de Pompe ?
Le Dr Emmanuelle Salort-Campana, neurologue, praticien hospitalier à l’hôpital de la Timone, à Marseille, clinicien du centre de référence des pathologies neuromusculaires PACA Réunion Rhône-Alpes de la filière Filnemus, membre du groupe de rédaction du PNDS sur la maladie de Pompe, réalisé avec les filières FILNEMUS et G2M, répond à vos questions.
Si vous désirez vous informer et aller plus loin dans la connaissance de cette pathologie, nous vous invitons à lire notre revue scientifique sur la maladie de Pompe.
Mots clés : maladie de Pompe, maladie rare, maladies génétiques, glycogénose de type 2, maladies musculaires, myopathies génétiques, déficit enzymatique, gène GAA, alpha-glucosidase acide, glycogène, lysosomes, CPK, muscle squelettique, myocarde, musculature lisse, myofibrilles, muscles diaphragmatiques, stress oxydatif, cardiomyopathie hypertrophique, atteinte musculaire, atteinte cardiaque, atteinte respiratoire, faiblesse musculaire, hypotonie, détresse respiratoire, dépistage, centre de référence, filière Filnemus.
L’orateur n’a reçu aucune rémunération pour la réalisation de cet épisode.
Invitée :
Dr Emmanuelle Salort-Campana, neurologue, praticien hospitalier à l’hôpital de la Timone, à Marseille, clinicien du centre de référence des pathologies neuromusculaires PACA Réunion Rhône-Alpes de la filière Filnemus, membre du groupe de rédaction du PNDS sur la maladie de Pompe, réalisé avec les filières FILNEMUS et G2M.
http://fr.ap-hm.fr/service/maladies-neuromusculaires-et-sla-hopital-timone
https://www.filnemus.fr/
https://www.filiere-g2m.fr/
L’équipe :
Virginie Druenne – Programmation
Cyril Cassard – Animation
Hervé Guillot – Production
Crédits : Sonacom
Retranscription
Bonjour à tous et bienvenue sur Rare à l’écoute, le podcast dédié aux maladies rares. Aujourd’hui, nous abordons une nouvelle maladie rare, la maladie de pompe. Et pour en parler, nous avons le plaisir d’accueillir le docteur Emmanuelle Salort-Campana. Docteur Salort-Campana, bonjour.
Dr Salort-Campana : Bonjour.
Docteur Salort-Campana, vous êtes neurologue au sein du service de neurologie des maladies neuromusculaires et de la SLA de l’hôpital de la Timone, à Marseille. Vous êtes clinicien du Centre de référence des maladies rares neuromusculaires PACA Réunion Rhône-Alpes, sous l’égide de la filière FILEMEMUS, et vous faites partie du groupe de rédaction du PNDS de la maladie de pompe, réalisé avec les filières FILEMEMUS et G2M, qui est actuellement en cours de réactualisation. Alors, docteur Salort-Campana, pour débuter notre entretien, qu’appelle-t-on maladie de pompe ?
Dr Salort-Campana : La maladie de pompe, c’est une maladie musculaire génétique qui est très rare, on va parler de quelques chiffres. En fait, la maladie de pompe, en réalité, c’est une glycogénose, la glycogénose de type 2. Et c’est une affection qui est autosomique récessive et qui est responsable d’un déficit enzymatique. Et c’est vrai que c’est une maladie dans les maladies neuromusculaires qui est relativement emblématique, puisque c’est une des premières maladies musculaires génétiques qui ont pu bénéficier d’un traitement. Quand je parle de très rare, c’est quand même variable selon les études, selon les pays. La prévalence, elle est estimée entre 1 pour 5 000 à 1 pour 37 000. En tout cas en France, dans le registre dédié à la maladie de pompe, qui est sous l’égide du professeur Laforêt à Paris, il y a, aux dernières estimations, 290 patients, dont 210 patients qui ont une forme tardive.
Et comment survient cette maladie rare ? Quelle est sa physiopathologie ?
Dr Salort-Campana : Alors donc, C’est une maladie génétique qui est autosomique récessive, qui va entraîner des mutations du gène qu’on appelle GAA. Elle est responsable d’un déficit enzymatique. Cette enzyme s’appelle l’alpha-glucosidase acide et elle est responsable de l’hydrolyse du glycogène en glucose dans le lysosome. Et donc, le déficit de cette enzyme va entraîner une accumulation de glycogène dans les lysosomes, spécialement dans le muscle squelettique mais aussi dans le myocarde et dans la musculature lisse. Il n’y a pas uniquement que ce mécanisme d’accumulation du glycogène qui est responsable de la pathologie. Il y a d’autres mécanismes à l’œuvre. Je ne vais pas tous les citer, mais il y a une anomalie au niveau de l’autophagie. Il y a une dysrégulation de certains mécanismes qui sont au niveau des lysosomes. Il y a du stress oxydatif, il y a aussi des anomalies mitochondriales. Tous ces différents éléments vont contribuer à une cascade pathogénique et vont venir altérer l’architecture musculaire et entraîner aussi un mauvais placement des myofibrilles.
Et concrètement, comment est-ce que ça se traduit ? Quels sont les principaux signes cliniques de la maladie de pompe ?
Dr Salort-Campana : En fait, cette maladie, il y a globalement deux formes, une forme pédiatrique et une forme adulte. En réalité, il y a tout un spectre phénotypique avec une sorte de continuum. Mais globalement, dans la littérature, on trouvera deux grandes formes. La forme infantile classique est une forme très grave qui débute dans les premiers jours ou dans les premières semaines de vie et elle est associée à une cardiomyopathie sévère, hypertrophique avec également une atteinte musculaire qui va entraîner un bébé qui va être hypotonique, qui va avoir des difficultés à s’alimenter et une détresse respiratoire. Et dans cette forme, classiquement, le décès survient dans les deux premières années de vie du fait de cette atteinte cardiaque et de cette atteinte respiratoire, notamment parce qu’il y a une faiblesse des muscles diaphragmatiques et des muscles abdominaux. À côté de cette forme vraiment classique infantile, très grave, il y a une forme aussi qu’on qualifie de non classique qui débute chez le bébé avant un an, mais qui est un peu moins sévère avec une survie prolongée. À côté de cette forme infantile, il y a la forme qu’on appelle de début tardif, qu’on peut trouver sous le terme de LOPD, qui est pour late onset, qui va de patients qui un début après l’âge d’un an à des patients qui débutent à l’âge adulte. En fait, les formes qui débutent après un an sont qualifiées de formes de l’enfant ou de formes juvéniles. Et puis ensuite, il y a les formes de l’adulte, sachant que les formes qui débutent dans l’adolescence ou à l’âge adulte sont majoritaires. Et dans ces formes-là, il y a un spectre très, très varié qui vont de formes qui peuvent être assez sévères à des formes très peu sévères, voire quasi asymptomatiques, avec uniquement une augmentation des enzymes musculaires. Et ça donne donc un tableau du déficit des ceintures, donc un tableau myopathique classique, mais qui va être aussi associé à une atteinte de la musculature axiale et notamment des muscles respiratoires. Il va une formule qui est assez particulière, c’est que ce sont des patients qui peuvent avoir une atteinte respiratoire au premier plan, alors que ces patients marchent encore. Alors qu’en règle générale, dans les myopathies génétiques, les patients qui ont une atteinte respiratoire sont déjà au fauteuil. Et dans cette forme-là, contrairement à la forme de l’enfant, il n’y a pas d’atteinte cardiaque.
Et pour les différents types que vous avez cités, docteur Salort-Campana, quel est le pronostic pour les patients touchés ?
Dr Salort-Campana : Le pronostic de cette maladie a été révolutionné par les traitements et je ne vais pas en parler parce que ça va faire l’objet d’un autre épisode. La forme infantile, vous avez compris, avant l’apparition des traitements, était une forme le plus souvent qui était fatale dans les deux premières années du fait, notamment, de cette atteinte cardiaque et respiratoire. Pour les formes qui sont plus tardives, c’est une maladie qui avait tendance à s’aggraver lentement au fil du temps. Il y a des études observationnelles d’histoire naturelle qui ont montré une aggravation au fil du temps avec, pour une étude, par exemple, le risque d’avoir recours au fauteuil brûlant qui augmentait de 13% par an et la nécessité d’avoir un support respiratoire qui augmentait de 8% par an. Mais depuis l’apparition des traitements, le pronostic a été révolutionné, notamment pour la forme des enfants.
Et pour conclure, en cas de symptômes évocateurs ou en cas doutes ou adresser les patients ?
Dr Salort-Campana : En fait, les grands modes de présentation pour l’adulte, ce dont je parlerais le mieux en tant que médecin d’adulte, ça va être soit une faiblesse musculaire, soit la découverte d’une augmentation des enzymes qu’on appelle les CPK, soit l’apparition d’une atteinte respiratoire au premier plan. Donc, c’est vrai qu’il y a plusieurs types de médecins et de professionnels de santé qui vont être confrontés à ces situations. Mais donc, en cas de doute, c’est très facile. On peut faire un dépistage par un buvard. Ça, ça peut être fait de manière très simple. Et l’idéal est de référer ce patient à un centre de référence de la filière FILNEMUS. Pour trouver l’ensemble des centres de référence qui sont proximité du domicile du patient, vous pouvez aller sur le site de filmemus.fr où il y a la cartographie de tous les territoires en France qui est répertoriée.
Merci infiniment, docteur Salort-Campana, de nous avoir fait mieux connaître cette maladie rare qu’est la maladie de pompe. Quant à nous, chers auditeurs, si vous désirez aller plus loin dans la connaissance de cette pathologie, nous vous donnons rendez-vous sur notre site internet, www.rarealecoute.com, où de nombreuses informations sont à votre disposition. Nous vous remercions de votre fidélité et nous vous donnons rendez-vous sur la chaîne Rare à l’écoute pour un prochain numéro sur cette maladie rare. À très vite.
