Qu’appelle-t-on dystrophie musculaire de Duchenne ? Quels sont les patients concernés par cette maladie rare ? Quelle est la physiopathologie de la dystrophie musculaire de Duchenne ? Quel est le tableau clinique rencontré chez les patients touchés par cette maladie ? Quelle est l’évolution de ces jeunes patients en l’absence de prise en charge ? À qui adresser les jeunes patients en cas de suspicion ?
Le Dr Christine Barnérias, neuropédiatre, praticien hospitalier au sein du service de neurologie pédiatrique de l’hôpital Necker-Enfants Malades à Paris, membre de la commission essais thérapeutiques de la filière Filnemus et co-responsable du centre de référence des maladies neuromusculaires Nord/Est/Île-de-France affilié à la filière Filnemus et au Réseau Européen de référence Euro-NMD, répond à vos questions.
Si vous désirez vous informer et aller plus loin dans la connaissance de cette pathologie, nous vous invitons à lire notre revue scientifique sur la Dystrophie musculaire de Duchenne.
Mots clés : dystrophie musculaire de Duchenne, myopathie de Duchenne, maladies neuromusculaires, maladie rare, maladie génétique, maladie dégénérative, chromosome X, jeunes patients, force musculaire, dystrophine, faiblesse musculaire, muscles pelviens, symptômes musculaires, difficultés cognitives, retard de langage, autisme, perte de marche, atteinte cardiaque, myocardiopathie, insuffisance respiratoire, assistance ventilatoire, centres de référence, filière Filnemus.
L’orateur n’a reçu aucune rémunération pour la réalisation de cet épisode.
Invitée :
Dr Christine Barnérias, neuropédiatre, praticien hospitalier au sein du service de neurologie pédiatrique de l’hôpital Necker-Enfants Malades à Paris, membre de la commission essais thérapeutiques de la filière Filnemus et co-responsable du centre de référence des maladies neuromusculaires Nord/Est/Île-de-France affilié à la filière Filnemus et au Réseau Européen de référence Euro-NMD.
https://hopital-necker.aphp.fr/neurologie-pediatrique
https://maladiesrares-necker.aphp.fr/maladies-neuromusculaires/
https://www.filnemus.fr/
https://ern-euro-nmd.eu/
L’équipe :
Virginie Druenne – Programmation
Cyril Cassard – Animation
Hervé Guillot – Production
Crédits : Sonacom
Retranscription
Bonjour à tous et bienvenue sur RARE à l’écoute, le podcast dédié aux maladies rares. Aujourd’hui, nous découvrons une nouvelle maladie rare, la dystrophie musculaire de Duchenne. Et pour en parler, nous avons le plaisir d’accueillir le docteur Christine Barnérias. Docteur Barnérias, bonjour.
Dr Barnérias : Bonjour.
Docteur Barnérias, vous êtes neuropédiatre au sein du service de neurologie pédiatrique de l’hôpital Necker-Enfants Malades à Paris. Responsable avec le professeur Desguerre du Centre de référence des maladies neuromusculaires de l’hôpital Necker, au sein du Centre de référence Nord-Est Île-de-France, qui est affilié à la filière Filnemus et au Réseau Européen de référence Euro-NMD. Vous êtes également membre de la Commission Essai Thérapeutique de la filière Filnemus.
Pour débuter notre entretien, docteur Barnérias, qu’appelle-t-on dystrophie musculaire de Duchenne ?
Dr Barnérias : La dystrophie musculaire de Duchenne, qu’on appelle également myopathie de Duchenne, c’est une maladie qui touche les muscles et qui fait que les muscles s’affaiblissent, ont moins de force. Donc, les enfants, les adultes qui présentent cette maladie, ont un défaut de la force musculaire. Ce défaut de force musculaire s’aggrave et s’accentue avec le temps. C’est une maladie rare et on considère à l’heure actuelle que son incidence, elle est environ d’une personne sur 3 300 naissances, ce qui ferait à peu près 150 à 200 nouveaux cas par an en France. Donc, c’est relativement modéré.
Qui sont les patients qui sont touchés par cette maladie rare ?
Dr Barnérias : C’est une maladie qui touche essentiellement des garçons. Des garçons parce que cette maladie, on y reviendra peut-être tout à l’heure. C’est une maladie qui est transmise par le chromosome X. C’est une maladie génétique, ce qui fait que ce sont essentiellement les garçons qui ont un seul chromosome X et un chromosome Y qui sont touchés. Il peut y avoir également quelques filles, quelques femmes qui sont également symptomatiques, mais vraiment beaucoup plus rarement et surtout en général de façon beaucoup moins sévère.
Justement, comment survient la dystrophie musculaire de Duchenne, docteur Barnérias ? Quelle est sa physiopathologie ?
Dr Barnérias : La dystrophie musculaire de Duchenne, c’est une maladie génétique. Maladie génétique, ça veut dire que dans un des gènes, et ce gène s’appelle la de la dystrophine. Dans ce gène de la dystrophine, il y a d’une certaine façon une erreur de codage qui peut être soit nous, ce qu’on appelle une délétion, une mutation ponctuelle, une duplication. Cette erreur de codage va entraîner un défaut d’interprétation du signal génétique et donc surtout une absence de fabrication de la protéine qui s’appelle la dystrophine. Et l’absence de fabrication de cette protéine va créer le problème musculaire. Ce qu’il faut savoir, c’est que cette protéine, la dystrophine, c’est une protéine un peu de structure pour le muscle. C’est un peu comme s’il manquait dans une maison les murs porteurs et les fondations. Donc, la maison ne peut pas tenir debout. Ça veut dire que ça va se fissurer, ça n’est pas solide. Et là, c’est un peu pareil, c’est-à-dire le fait qu’il manque cette protéine de structure dans le muscle, ce muscle va nécroser, va s’abîmer, va essayer de se régénérer, mais la régénération du muscle ne sera pas faite de bonne de toute façon, parce que cette protéine reste manquante dans le muscle. Et donc, le muscle va s’abîmer avec le temps, va perdre de la force. Et c’est ça qui fait que les personnes atteintes de cette myopathie perdent de la force, puisque le muscle, petit à petit, devient plus faible.
Et d’un point de vue clinique, cette fois, pour un clinicien pédiatre ou médecin généraliste, quels sont les principaux symptômes évocateurs d’une dystrophie musculaire de Duchenne ?
Dr Barnérias : Les symptômes de cette maladie commencent souvent chez des enfants jeunes, c’est-à-dire souvent, les premiers signes commencent avant l’âge de 5 ans, avec un enfant qui a du mal à marcher, qui a du mal à courir, qui a du mal à monter les escaliers, qui tombe souvent, qui a du mal à se relever du sol. Et ça, ça témoigne de la faiblesse musculaire. Parfois, les enfants petits n’ont pas beaucoup de symptômes et puis ces symptômes vont arriver avec le temps. Et surtout, ces symptômes musculaires vont s’aggraver avec le temps, devenir de plus en plus manifeste, jusqu’à malheureusement affecter la marche même, puisque ces enfants ne plus pouvoir marcher. À un moment donné, ce qui confère effectivement une évolution tout à fait défavorable. Et puis, dans les autres symptômes qu’on voit de temps en temps aussi, c’est que les enfants peuvent avoir des difficultés cognitives, parfois un retard de langage, des difficultés pour comprendre, des signes d’autisme. Alors évidemment, ça ne concerne pas tous les enfants qui ont une myopathie de Duchenne, mais certains. Et ça aussi, ça peut être des symptômes qui peuvent évoquer la myopathie de Duchenne, surtout quand ils sont associés avec un déficit de la force musculaire, en particulier au niveau des muscles pelviens, c’est-à-dire des muscles des cuisses, des fessiers, donc essentiellement pour se relever, pour courir, pour monter des escaliers, pour sauter.
Vous l’avez un peu évoqué, docteur Barnérias. Sans prise en charge, quelle est l’évolution des jeunes patients qui sont atteints de myopathie de Duchenne ?
Dr Barnérias : Cette maladie est une maladie qu’on appelle dégénérative. Les muscles vont s’abîmer avec le temps, comme je disais tout à l’heure. Ce qui fait que les muscles vont perdre de la force et sans prise en charge, sans traitement, mais même avec une prise en charge à l’heure actuelle. Malheureusement, les enfants vont perdre la marche entre l’âge de 8 et 12 ans, en général, ou 13 ans. Il va y avoir une perte de marche et puis ensuite une perte de force aussi au niveau des membres supérieurs, des bras, aussi parfois au niveau du dos. Donc malheureusement, l’évolution motrice n’est pas bonne, elle est défavorable. Et puis, il peut y avoir d’autres symptômes qui vont également arriver. Certains enfants, mais ce n’est pas le cas de tout le monde, peuvent avoir une atteinte cardiaque qu’on appelle une myocardiopathie associée dans cette maladie et qu’on essaye de prévenir de façon précoce avant l’arrivée des signes. Et puis également, il est fréquent de voir apparaître une insuffisance respiratoire qui peut être modérée chez certains, mais chez d’autres, nécessiter une assistance ventilatoire.
Et pour conclure, que faire en cas de signes évocateurs, à qui faudrait-il adresser ces jeunes patients ?
Dr Barnérias : C’est relativement entre guillemets simple. Il faut adresser ces patients à un centre de référence de maladie neuromusculaire et on trouve du reste toutes les coordonnées de ces centres de référence sur le site Filnemus. Ces centres de référence existent dans chaque région et on peut trouver facilement les coordonnées sur le site Filnemus et les contacter pour avoir un rendez-vous. Et ensuite, le médecin spécialiste pourra faire le diagnostic.
Eh bien merci 1000 fois à docteur Barnérias de nous avoir fait mieux connaître cette maladie rare qu’est la dystrophie musculaire de Duchenne. Quant à nous, chers auditeurs, si vous désirez aller plus loin dans la connaissance de cette pathologie, nous vous donnons rendez-vous sur notre compte Instagram RARE à l’écoute ou notre site internet www.rarealecoute.com où de nombreuses informations sont à votre disposition et où vous pourrez retrouver les précédents épisodes consacrés à cette maladie. Nous vous remercions pour votre fidélité et nous vous donnons rendez-vous sur la chaîne RARE à l’écoute pour un prochain numéro sur cette maladie rare. À très vite.
