Qu’appelle-t-on syndrome de McCune-Albright ? Quelles sont les atteintes hormonales de cette maladie rare ? Quel est le tableau clinique rencontré chez les patients touchés ? Quels diagnostics différentiels écarter ? Quelle prise en charge proposer aux patients touchés par le syndrome de McCune-Albright ? Quel suivi proposer et quel pronostic pour ces patients ?
Le Dr Cyril Amouroux, pédiatre endocrinologue, praticien hospitalier au sein du service de pédiatrie multidisciplinaire du CHU de Montpellier, coordonnateur du Centre de Compétences Dysplasie Fibreuse des Os et Syndrome de McCune-Albright affilié à la filière OSCAR, membre du Groupe de Travail de l’actualisation du PNDS sur dysplasies fibreuses des os et syndrome de McCune-Albright, répond à vos questions.
Si vous désirez vous informer et aller plus loin dans la connaissance de cette pathologie, nous vous invitons à lire notre revue scientifique sur la dysplasie fibreuse des os (DFO).
Mots clés : Dysplasies fibreuses des os, syndrome de McCune-Albright, maladie génétique, manifestations endocriniennes, atteinte endocrine, hyperproduction d’hormones, gonades, glande thyroïde, hypophyse, testostérone, œstrogènes, androgènes, ACTH, cortisol, puberté précoce, hyperthyroïdie, adénome hypophysaire, hormone de croissance, prolactine, galactorrhée, maladie de Basedow, chirurgie thyroïdienne, chirurgie ovarienne, dosages hormonaux, centres de compétence, centres de référence.
L’orateur n’a reçu aucune rémunération pour la réalisation de cet épisode.
Invité :
Dr Cyril Amouroux, pédiatre endocrinologue, praticien hospitalier au sein du service de pédiatrie multidisciplinaire du CHU de Montpellier, coordonnateur du Centre de Compétences Dysplasie Fibreuse des Os et Syndrome de McCune-Albright affilié à la filière OSCAR, membre du Groupe de Travail de l’actualisation du PNDS sur dysplasies fibreuses des os et syndrome de McCune-Albright.
https://maladies-rares.chu-montpellier.fr/fr/les-centres/centre-de-competence-dysplasie-fibreuse-des-os-syndrome-de-mac-cune-albright
L’équipe :
Virginie Druenne – Programmation
Cyril Cassard – Animation
Hervé Guillot – Production
Crédits : Sonacom
Retranscription
Bonjour à tous et bienvenue sur RARE à l’écoute, le podcast dédié aux maladies rares. Aujourd’hui, nous continuons d’explorer la dysplasie fibreuse des os, ou DFO, et plus précisément, le syndrome de McCune-Albright. Et pour ce faire, nous avons le plaisir d’accueillir le docteur Cyril Amouroux. Docteur Amouroux, bonjour.
Dr Amouroux : Bonjour.
Dr Amouroux, vous êtes pédiatre endocrinologue au CHU de Montpellier, coordonnateur du Centre de Compétences Dysplasie Fibreuse des Os et Syndrome de McCune-Albright, au sein de la filière OSCAR, et vous avez participé à l’actualisation du récent PNDS, justement sur les dysplasies fibreuses des os et syndrome de McCune-Albright. Pour débuter notre entretien, Dr Amouroux, qu’est-ce que le syndrome de McCune-Albright ?
Dr Amouroux : Le syndrome de McCune-Albright, ça fait partie de la dysplasie fibreuse des os, mais c’est quand la dysplasie fibreuse des os s’associe à des manifestations endocriniennes hormonales. C’est à ce moment-là qu’on parle de syndrome de McCune-Albright. C’est une forme spécifique de dysplasie fibreuse des os.
De quelles atteintes hormonales s’agit-il ?
Dr Amouroux : Il y a plusieurs types de glandes qui peuvent être touchées. Globalement, dans le syndrome de McCune-Albright, ce qui se passe, c’est qu’il y a une hyperactivation de certaines glandes, donc une hyperproduction d’hormones. Les glandes qui peuvent être touchées sont les gonades, les ovaires chez la fille, les testicules chez le garçon, la glande thyroïde, qui est une glande que la plupart des gens connaissent bien au niveau du cou, et l’hypophyse, moins connue, une toute petite glande qui est située à la base du cerveau et qui est un peu le chef d’orchestre de beaucoup de systèmes hormonaux dans l’organisme.
Et donc, en conséquence, quelles sont les manifestations cliniques de ce syndrome de McCune-Albright ?
Dr Amouroux : Comme je le disais, globalement, quand ces glandes sont touchées, il va y avoir une hyperproduction d’hormones. Comme c’est une maladie très particulière, le syndrome McCune-Albright, toutes les glandes ne sont pas forcément touchées. Les manifestations cliniques, pour les gonades, c’est ce qu’on voit le plus fréquemment en pédiatrie. Chez le garçon, si les testicules se mettent à fonctionner, on va avoir une puberté, signes de puberté précoce, d’imprégnation en testostérone. La pilosité va se développer chez des petits garçons qui sont à distance de l’âge théorique de la puberté. On va avoir de l’acné, le caractère qui change, comme un énervement, une sorte de crise d’adolescence bien avant l’heure et une verge aussi qui peut grandir, augmenter de volume. Et chez la fille, on a les signes en miroir, pareil, de puberté précoce où là, ce sont les seins qui vont se développer. Pareil, à un âge où théoriquement, il n’y a pas encore de puberté, donc bien avant l’âge de 10 ans, ce sont parfois des pubertés précoces, que ce soit le garçon ou la fille, qui peuvent On peut venir très, très tôt, vers 18 mois, 2 ans, 3 ans. Chez la fille aussi, le caractère, bien sûr, peut changer un petit peu en miroir de ce qui se passe chez le garçon. Pour les problèmes thyroïdiens, on va avoir des signes d’hyperthyroïdie. Quand il y a une hyperthyroïdie, le caractère peut changer aussi. On peut être énervé, irritable, fatigué. On peut avoir une accélération du transit digestif, avoir chaud, perdre du poids alors qu’on mange tout à fait normalement, voire on mange plus et on perd quand même du poids. Et puis, parfois, avant que la thyroïde produise vraiment beaucoup d’hormones et qu’il y ait vraiment beaucoup de signes cliniques, on peut aussi avoir une thyroïde qui grossit, ce qu’on appelle un goitre, avec l’apparition de nodules ou de petites boules en son sein. Donc, ça peut être avant ou au même moment que la production d’hormones. Et enfin, pour l’hypophyse. L’hypophyse, je disais, c’est une petite glande qui fait beaucoup de choses. Je suis un chef d’orchestre. Elle fait plusieurs hormones et les hyperproductions qu’on peut constater dans le syndrome de McCune-Albright, ça va être une hyperproduction de prolactine. Parfois, la prolactine, c’est une hormone qu’on fabrique rarement, mais quand on la fabrique, c’est pour l’allaitement. Donc c’est finalement plutôt chez les femmes. On peut avoir une galactorrhée, un écoulement de lait par les seins alors qu’il n’y a pas eu de grossesse. On peut avoir une hyperproduction d’ACTH. L’ACTH étant l’hormone qui contrôle la glande surrénale. La glande surrénale, peu de gens la connaissent, mais cette glande fabrique le cortisol, qui est notre hormone dite du stress, d’adaptation physiologique. Quand on fait trop d’ACTH et donc trop de cortisol, là, on va grossir. On peut avoir une modification cutanée, on peut avoir de l’hyper d’hypertension. Plein de signes comme ça, c’est parfois assez difficile à diagnostiquer. Et la dernière hyperproduction de l’hypophyse qui peut se voir, c’est l’hormone de croissance. Ça, c’est assez facile à diagnostiquer quand on est en pédiatrie, puisque finalement, il y une hyperproduction d’hormone de croissance, donc les enfants se mettent à grandir de plus en plus vite. Ils changent de couloir au niveau de leur courbe de croissance vers le haut. Quand cette hypersécrétion survient chez l’adulte, là, c’est un petit peu plus compliqué à diagnostiquer puisque la croissance des os se fait de manière beaucoup plus lente. On a plutôt des os qui s’épaississent alors que la taille, elle, change très peu. Et en IRM, en général, au niveau de l’hypophyse, ces hyperproductions s’associent à un adénome, donc une tumeur bénigne de l’hypophyse qui est expliquée par l’atteinte génétique de l’hypophyse.
Et dans les cas où la dysplasie fibreuse des os n’est pas évidente, docteur Amouroux, est-ce qu’il y a des diagnostics différentiels à écarter dans ces situations ?
Dr Amouroux : Oui, devant tous les signes de de d’hyperproduction hormonale que je viens de citer, il y a d’autres diagnostics, notamment quand on a une symptomatologie de puberté précoce, que ça soit chez un garçon ou chez une fille. On a la cause, la principale, c’est ce qu’on appelle la puberté précoce dite idiopathique. C’est-à-dire que là, le timing du corps fait que la puberté commence avant l’âge théorique, sans qu’on ait une maladie forcément derrière. Après, si c’est une puberté fréquente avec atteinte, soit des ouverts, soit des testicules. Les autres diagnostics à évoquer sont les tumeurs, soit du testicule, soit de l’ovaire. Pour la thyroïde et l’hyperthyroïdie, la principale cause d’hyperthyroïdie, que ce soit chez l’enfant ou chez l’adulte, reste la maladie de Basedow, donc une maladie auto-immune de la thyroïde. Et pour les adénomes hypophysaires avec les hyperproductions, principalement des trois hormones que j’ai citées, ce sont finalement toutes les autres causes d’adénome de l’hypophyse qui sont, pour la plupart, d’idiopathiques, c’est-à-dire sans cause retrouvée quand on est chez des adultes d’âge relativement avancé. Par contre, quand on a un adénome hypophysaire chez un jeune adulte, chez un enfant, un adolescent, on est aussi en général, dans des maladies génétiques, mais des maladies génétiques de l’hypophyse. Là, c’est d’autres maladies génétiques qu’on recherche.
Quelle est la prise en charge des patients qui sont touchés par ce syndrome de McCune-Albright ?
Dr Amouroux : La prise en charge, elle va découler de l’atteinte qu’on va avoir. Même si j’ai tout cité, encore une fois, il est excessivement rare d’avoir toutes ces atteintes. On en a plutôt en général une ou l’autre. Donc, pour les manifestations de puberté précoce, que ce soit chez la fille ou chez le garçon, on a des médicaments qui vont soit bloquer l’action des œstrogènes pour les filles, soit bloquer l’action des androgènes pour les garçons. Pour la thyroïde, on a également des médicaments dits antithyroïdiens. Et pour les adénomes hypophysaires, il y a deux stratégies. Il y a maintenant des médicaments assez spécifiques qui peuvent bloquer les sécrétions d’hormones hypophysaires, ce qui reste moins invasif. Et puis, finalement, pour toutes ces causes-là, on a aussi les traitements chirurgicaux qui sont possibles, qui sont réservés en deuxième ou troisième ligne quand on n’arrive pas à contrôler la maladie. Mais les adénomes hypophysaires peuvent bénéficier de chirurgie. Les hyperthyroïdies du syndrome McCune-Albright peuvent aussi être traités chirurgicalement. On va enlever la thyroïde. Et pour les pubertés fréquentes, c’est beaucoup plus rare qu’on opère, encore que dans la forme chez la fille, il peut y avoir aussi des kystes ovariens qui, eux, peuvent bénéficier d’une chirurgie.
Alors, pour conclure, docteur Amouroux, quel est le suivi proposé et le pronostic pour ces patients ?
Dr Amouroux : Quand on a connaissance de la dysplasie fibreuse chez un enfant ou chez un adulte, le suivi est très bien codifié. Donc, on recherche régulièrement les signes cliniques d’atteinte endocrine. Et si on a un doute, il faut à ce moment-là faire des dosages hormonaux pour confirmer l’hyperproduction d’hormones. Par contre, c’est vrai que quand on n’a pas le diagnostic dysplasie fibreuse, il n’y a pas de suivi particulier parce que les enfants arrivent avec les premiers signes qui nous font poser le diagnostic. Et une fois que le diagnostic est posé, on va avoir un suivi en général tous les six mois. Le pronostic, il est globalement bon parce que les traitements fonctionnent dans ces différentes atteintes. Il y a bien sûr des formes très rares, exceptionnelles, où les traitements sont très compliqués, où il y a beaucoup d’atteintes endocriniennes et il y a eu beaucoup de chirurgies, mais ça reste des formes exceptionnelles. Il faut retenir que le pronostic de ces atteintes endocriniennes est quand même plutôt bon, sous réserve bien sûr, qu’on a suivi régulier avec des équipes entraînées. C’est tout l’intérêt du réseau national du centre de référence de la dysplasie fibreuse, le syndrome de McCune-Albright, avec ces différents centres de compétence qui permettent de mailler comme ça le territoire.
Merci infiniment, docteur Amouroux, de nous avoir fait mieux connaître cette maladie rare qui est la dysplasie fibreuse des os et surtout le syndrome de McCune-Albright. Quant à nous, chers auditeurs, si vous désirez aller plus loin dans la connaissance de cette pathologie, nous vous donnons rendez-vous sur notre site internet www.rarealecoute.com, où de nombreuses informations sont à votre disposition. Nous vous remercions de votre fidélité et nous vous donnons rendez-vous sur la chaîne RARE à l’écoute pour un prochain numéro sur cette maladie rare. À très vite.
