Qu’appelle-t-on encéphalite auto-immune ? Quelle est la physiopathologie de cette maladie rare ? Quel est le pronostic de l’encéphalite auto-immune ? À qui adresser les patients en cas de suspicion d’encéphalite auto-immune ?
Le Pr Jérôme Honnorat, neurologue, chef du service de neuro-oncologie à l’hôpital neurologique Pierre-Wertheimer des Hospices Civils de Lyon, coordonnateur du récent PNDS sur les encéphalites à anticorps anti-NMDAR, responsable de l’équipe de recherche SYNATAC, INSERM et CNRS, au sein de l’Institut MeLiS, et médecin coordonnateur du centre de référence des syndromes neurologiques paranéoplasiques et encéphalites auto-immunes affilié à la filière Brain-Team, répond à vos questions.
Si vous désirez vous informer et aller plus loin dans la connaissance de cette pathologie, nous vous invitons à lire notre revue scientifique sur l’encéphalite auto-immune.
Mots clés : Encéphalite auto-immune, maladie rare, maladies auto-immunes, système nerveux central, lobe temporal interne, hippocampe, syndromes neurologiques paranéoplasiques, cancers, maladies neurodégénératives, destruction neuronale, neurones, lymphocytes, autoanticorps, liquide céphalo-rachidien, handicap, troubles de mémoire, épilepsie, mouvements anormaux, errance diagnostique, rééducation fonctionnelle, centre de référence, filière Brain-Team.
L’orateur n’a reçu aucune rémunération pour la réalisation de cet épisode.
Invité :
Pr Jérôme Honnorat, neurologue, chef du service de neuro-oncologie à l’hôpital neurologique Pierre-Wertheimer des Hospices Civiles de Lyon, coordonnateur du récent PNDS sur les encéphalites à anticorps anti-NMDAR, responsable de l’équipe de recherche SYNATAC, INSERM et CNRS, au sein de l’Institut MeLiS, et médecin coordonnateur du centre de référence des syndromes neurologiques paranéoplasiques et encéphalites auto-immunes affilié à la filière Brain-Team.
https://inmg.fr/melis/fr/index.php
https://www.chu-lyon.fr/centre-de-reference-des-syndromes-neurologiques-paraneoplasiques-et-encephalites-auto-immunes
https://brain-team.fr/
L’équipe :
Virginie Druenne – Programmation
Cyril Cassard – Animation
Hervé Guillot – Production
Crédits : Sonacom
Retranscription
Bonjour à tous et bienvenue sur RARE à l’écoute, le podcast dédié aux maladies rares. Aujourd’hui, nous abordons une nouvelle maladie rare, les encéphalites auto-immunes. Et pour en parler, nous avons le plaisir d’accueillir le professeur Jérôme Honnorat. Professeur Honnorat, bonjour.
Pr Honnorat : Bonjour.
Professeur Honnorat, vous êtes neurologue, chef du service de neuro-oncologie à l’hôpital neurologique Pierre-Wertheimer, des Hospices Civiles de Lyon, où vous êtes également coordonnateur du centre de référence des syndromes neurologiques paranéoplasiques et encéphalites auto-immunes de la filière Brain-Team. Et parmi vos nombreuses activités, vous êtes également responsable de l’équipe de recherche SynatAc, INSERM et CNRS, au sein de l’Institut MeLiS, et vous avez coordonné le récent PNDS sur les encéphalites à anticorps anti-NMDAR. Alors, pour débuter notre entretien, professeur Honnorat, une question directe : qu’appelle-t-on encéphalite auto-immune ?
Pr Honnorat : Alors, une encéphalite auto-immune, c’est une maladie qui était absolument inconnue il y a encore une quinzaine d’années. On ne pensait pas que le système nerveux pouvait être attaqué par notre système immun, notre système de défense, et que les lymphocytes pouvaient provoquer des maladies du système nerveux central. On connaissait ces maladies comme par exemple la myasthénie à la jonction neuromusculaire ou au niveau du nerf périphérique, mais il n’y avait pas d’éléments en dehors des syndromes neurologiques paranéoplasiques, où c’est une réaction contre des cancers qui va provoquer une maladie auto-immune, mais qui est très rapidement agressive, provoquant des signes assez violents et un handicap très sévère. On ne pensait pas qu’il pouvait y avoir de maladies auto-immunes qui pouvaient se présenter comme des maladies neurodégénératives. Donc, encéphalite auto-immune, c’est une atteinte du lobe temporal interne de l’hippocampe, qui va provoquer trois types de signes particuliers : un oubli à mesure, des troubles de mémoire, des crises d’épilepsie, mais des crises d’épilepsie partielles qui touchent le lobe temporal, qui vont provoquer des ruptures de contacts ou des comportements un petit peu anormaux ou des sensations bizarres chez les patients. Et quelquefois, quand c’est vraiment très violent, une confusion ou un coma qui peut conduire à une hospitalisation en réanimation. Ce sont des maladies extrêmement rares. On a défini plusieurs entités et il y a une cinquantaine d’entités actuellement décrites, parfois avec un ou deux patients dans le monde. Mais globalement, pour chacune des entités, on ne dépasse pas en France, sur 66 millions d’habitants, une cinquantaine de patients diagnostiqués. Donc, on est vraiment dans le domaine des maladies très rares. Pour faire le diagnostic, on met en évidence des autoanticorps circulant dans le liquide céphalorachidien et dans le sérum, qui sont spécifiques de ces affections et que l’on ne retrouve que chez les patients qui font des encéphalites auto-immunes et qui nous permettent de faire le diagnostic de ces patients. Et il faut apprendre la sémiologie. Il faut aussi rechercher ces d’auto-anticorps dans un laboratoire accrédité et qui a les capacités de faire correctement la détection de ces auto-anticorps, ce qui fait qu’il y a une errance diagnostique et des difficultés diagnostiques actuellement importantes. Donc, une maladie du lobe-temporale, de l’hippocampe, extrêmement rare, avec des difficultés diagnostiques importantes.
Et comment survient cette pathologie ? Quelle est sa physiopathologie ?
Pr Honnorat : Alors, initialement, les personnes qui ont travaillé sur ce type de maladie travaillaient sur ce qu’on appelle les syndromes neurologiques paranéoplasiques. C’est-à-dire des patients qui développaient des cancers, qui la plupart du temps n’avaient pas été diagnostiqués, mais dès les premières cellules tumorales, notre système de défense, qui sont les cellules immunes et les lymphocytes, repérait ces cellules cancéreuses, réagissait contre certains déterminants de ces cellules cancéreuses pour les détruire et les empêcher de se multiplier. Ces déterminants, ces protéines, étaient exprimées normalement par le système nerveux. Les lymphocytes circulant dans l’ensemble du corps repéraient cette expression de protéine au sein du système nerveux et donc s’attaquait au système nerveux pour détruire les neurones pensant qu’il s’agissait de cellules tumorales. Ces syndromes sont connus depuis de nombreuses années et là, on avait identifié des autoanticorps spécifiques permettant le diagnostic. Et au fur et à mesure, on s’est aperçu qu’il existait des encéphalites auto-immunes qui n’étaient pas forcément liées à des cancers qui pouvaient être idiopathiques. Et on a décrit un certain nombre de biomarqueurs qui ont permis de faire le diagnostic. On décrit deux grandes entités, des anticorps qui reconnaissent des protéines qui sont intra-cellulaires intracytoplasmique. Dans ce cas, c’est très lié au cancer. C’est très lié à une mort neuronale et à une destruction des neurones. Et à l’opposé, il existe des auto-anticorps qui reconnaissent des antigènes membranaires ou qui peuvent être des récepteurs ou des protéines qui sont exprimées au niveau de la membrane qui accompagne la clustérisation et la mise en place des récepteurs. Et dans ce cas-là, l’autoanticorps peut jouer un rôle pharmacologique, bloquer le fonctionnement de ces protéines, modifier le métabolisme du fonctionnement neuronal et entraîner le blocage du fonctionnement neuronal. Et à ce moment-là, si on arrive avec des médicaments pour arrêter la production d’auto-anticorps, retirer les auto-anticorps de la surface des neurones, on a une reprise du fonctionnement neuronal sans mort neuronale et donc sans destruction des neurones et donc une capacité de récupération complète des patients.
Et d’un point de vue général, professeur Honnorat, pour les patients qui sont touchés, quel est le pronostic de cette maladie ?
Pr Honnorat : Donc, leur pronostic est variable en fonction de l’anticorps en fonction de la présence ou non d’un cancer qui a pu déclencher la maladie. Mais dans un certain nombre de cas, lorsque l’anticorps reconnaît une cible membranaire, le pronostic est extrêmement bon à partir du moment où on arrive à supprimer la source de production de ces autoanticorps et on peut avoir une récupération complète et une guérison qui fait que les patients reprennent une vie normale. Lorsqu’il y a une destruction neuronale, c’est un peu plus compliqué parce qu’on n’a pas actuellement la possibilité de remplacer les neurones, mais la rééducation peut améliorer les patients. Et en tout cas, c’est une urgence diagnostique pour éviter toute destruction et permettre une récupération complète des patients.
Et pour conclure, professeur Honnorat, en cas de symptômes évocateurs ou en cas de doutes, où adresser ces patients ?
Pr Honnorat : Il existe, par l’intermédiaire de la filière Brain-Team, un Centre maladie rare sur les syndromes neurologiques paranéoplasiques et les encéphalites auto-immunes, qui est coordonné à Lyon avec un centre de référence qui est le Centre organisateur à Lyon, deux centres constitutifs à Toulouse et à Paris et des centres de compétences répartis dans les différentes villes de France qui constituent le réseau de prise en charge de ces patients. Il faut faire référence à ce réseau de centres maladies rares, et puis envoyer les échantillons dans un laboratoire expert pour être certain de la qualité diagnostique et recevoir les conseils de prise en charge de ces patients.
Eh bien, infiniment, professeur Honnorat, de nous avoir fait mieux connaître cette maladie rare que sont les encéphalites auto-immunes. Si vous désirez aller plus loin dans la connaissance de cette pathologie, nous vous donnons rendez-vous sur notre site internet www.rarealecoute.com où de nombreuses informations sont à votre disposition. Nous vous remercions de votre fidélité et nous vous donnons rendez-vous sur la chaîne Rare à l’écoute pour un prochain numéro sur cette maladie rare. À très vite.
