Quels sont les laboratoires agréés pour le diagnostic du déficit en alpha-1 antitrypsine (DAAT) ? Comment s’effectue le diagnostic biologique de cette maladie rare ? Comment s’effectue le diagnostic génétique du DAAT ? Quels sont les délais de rendu des résultats ? Comment les praticiens doivent-ils procéder pour la réalisation des prélèvements ? Quel est le rôle du biologiste dans le parcours diagnostique du DAAT ?
Le Dr Malika Balduyck, biologiste, praticien hospitalier au sein du centre de biologie et de pathologie du CHU de Lille, co-rédactrice du PNDS et des recommandations de la SPLF sur l’atteinte pulmonaire associée au déficit en alpha-1 antitrypsine, répond à vos questions.
Si vous désirez vous informer et aller plus loin dans la connaissance de cette pathologie, nous vous invitons à lire notre revue scientifique sur le déficit en alpha-1 antitrypsine (DAAT).
Mots clés : déficit en alpha-1 antitrypsine, maladie rare, maladie génétique, diagnostic biologique, maladies respiratoires, dosage sérique, alpha antitrypsine, méthode immunologique, syndrome inflammatoire, phénotypage, isoélectrofocalisation, PCR allèles spécifiques, séquençage, gène SERPINA1, génotypage, variants S, variants M, variants Z, ADN, kit Alpha-Spot, prélèvement buccal, méthode Sanger, séquençage NGS, activité anti-élastasique, sang capillaire, sang veineux, laboratoires de biologie médicale de référence, laboratoires de biochimie, laboratoire d’immunologie, CHU Lyon Sud, Hôpital Européen Georges Pompidou, CHU de Lille, enquête familiale, généticiens, biologistes, médecins prescripteurs, Filière RespiFIL.
L’orateur n’a reçu aucune rémunération pour la réalisation de cet épisode.
Invitée :
Dr Malika Balduyck, biologiste, praticien hospitalier au sein du centre de biologie et de pathologie du CHU de Lille, co-rédactrice du PNDS et des recommandations de la SPLF sur l’atteinte pulmonaire associée au déficit en alpha-1 antitrypsine.
https://biologiepathologie.chu-lille.fr/
https://splf.fr/
L’équipe :
Virginie Druenne – Programmation
Cyril Cassard – Animation
Hervé Guillot – Production
Crédits : Sonacom
Retranscription
Bonjour à tous et bienvenue sur RARE à l’écoute, le podcast dédié aux maladies rares. Aujourd’hui, nous continuons d’explorer le déficit en alpha-1 antitrypsine ou DAAT. Et pour en parler, pour parler du diagnostic biologique de cette maladie rare, nous avons le plaisir d’accueillir le docteur Malika Balduyck. Docteur Balduyck, bonjour.
Dr Balduyck : Bonjour.
Docteur Balduyck. Vous êtes biologiste praticien hospitalier au sein du Centre de biologie et de pathologie du CHU de Lille et vous avez participé à la rédaction du récent PNDS sur l’atteinte pulmonaire associée à un déficit en alpha-1 antitrypsine ainsi qu’aux recommandations validées par la SPLF sur ce même sujet. Alors tout d’abord, Docteur Balduyck, quels sont les laboratoires agréés pour réaliser le diagnostic sur le DAAT ?
Dr Balduyck : Alors, les laboratoires agréés pour réaliser le diagnostic complet sur le DAAT sont au nombre de trois. Ce sont trois laboratoires qui ont été labellisés par l’arrêté du 15 juillet 2021 et ces laboratoires sont représentés par le laboratoire d’immunologie du CHU Lyon sud, le laboratoire de biochimie de l’hôpital européen Georges Pompidou à Paris. HP…AP-HP et le laboratoire de biochimie et biologie moléculaire du Centre de biologie du CHU de Lille. Voilà pour les trois laboratoires labellisés et actuellement un autre laboratoire. Le laboratoire de biochimie du CHU de Bordeaux développe un diagnostic biologique approfondi aussi en collaboration avec le CHU de Lille et sera certainement candidat pour une labellisation future. Voilà pour les laboratoires agréés. Maintenant, si le diagnostic, comme nous le verrons, se limite au dosage de l’alpha antitrypsine sérique, eh bien il faut dire que de nombreux laboratoires de centres hospitaliers, universitaires mais aussi régionaux réalisent ce dosage et sont en mesure de répondre à la demande des praticiens cliniciens. Et certains laboratoires privés. Des grands laboratoires privés assurent également ce dosage au niveau national.
Et justement, concrètement, comment s’opère le diagnostic biologique de déficit en alpha-1 antitrypsine ?
Dr Balduyck : Le diagnostic biologique du déficit en alpha antitrypsine peut s’opérer en plusieurs étapes selon les recommandations nationales publiées dans la Revue des maladies respiratoires en 2022, sous l’égide du Professeur Jean-François Mornex. Première recommandation pour rechercher un déficit, il est recommandé en premier lieu de réaliser un dosage de la concentration sérique d’alpha antitrypsine par méthode immunologique et en fonction de cette valeur. Les valeurs de référence étant situées entre 0,9 et deux grammes par litre, sera définie un déficit léger, un déficit modéré ou un déficit sévère. Deuxième recommandation, il est recommandé de réaliser le dosage de l’alpha antitrypsine à distance d’un syndrome inflammatoire. Troisième recommandation si la concentration sérique en alpha antitrypsine est inférieure à 1,10 par litre, il est recommandé de déterminer les variants alpha antitrypsine par Phénotypage réalisé par isoélectrofocalisation ou par PCR allèles spécifiques. Le variant le plus courant est le variant M donnant lieu à une concentration normale dans 95 % de la population d’origine caucasienne. Les variants déficitaires les plus fréquents sont les variants S et Z. Quatrième recommandation, si la concentration sérique en alpha-antitrypsine est inférieure à 0,20 par litre ou en cas de discordance entre dosage sérique et phénotypage, eh bien, il est recommandé de réaliser un séquençage du gène SERPINA1 qui code pour l’alpha antitrypsine. Le dosage de l’alpha antitrypsine peut aussi être complété par une mesure d’activité fonctionnelle, le pouvoir anti-élastique du sérum qui permet de dépister des variants dysfonctionnels.
Et ensuite au niveau du génotypage docteur Balduyck ?
Dr Balduyck : Oui, au niveau du génotypage, il existe pour l’alpha antitrypsine un polymorphisme génétique important puisqu’à ce jour plus de 200 variants du gène SERPINA1 qui code pour cette antiprotéase sont référencés dans les bases de données. Et bien ce génotypage, bien sûr, permet d’identifier les variants déficitaires les plus fréquents que sont les variants S et Z, mais permettent d’identifier aussi un bon nombre de variants accessibles par les méthodes utilisées. Le génotypage est réalisé après extraction d’ADN sur un échantillon de sang total de l’ADN des lymphocytes ou à partir peut-être réaliser également à partir de sang capillaire recueillis sur papier filtre. C’est le kit Alpha-Spot. Sachant que bien sûr, pour réaliser ce génotypage, le consentement éclairé du patient est absolument nécessaire. Ce génotypage peut être réalisé par PCR allèles spécifiques et a été développé une PCR allèle spécifique qui permet d’identifier quatorze variants distincts. Ou alors ce génotypage peut être réalisé par séquençage des exons codant et des jonctions introniques flanquantes du gène SERPINA1 par méthode classique Sanger ou par séquençage NGS, de nouvelles générations.
Et quel est le délai de rendu des résultats pour les praticiens qui demandent un dosage ?
Dr Balduyck : Alors pour le dosage de l’alpha antitrypsine, on va reprendre le délai pour chaque étape. Le délai de rendu est de huit jours maximums, ça peut être deux ou trois jours. C’est réalisé régulièrement en fonction du nombre de demandes. Pour le phénotypage de l’alpha antitrypsine par réseau électrofocalisation, le délai de rendu moyen est de dix jours. Pour l’activité anti-élastasique du sérum que j’évoquais précédemment, le délai rendu est également de huit jours. Et enfin, pour le génotypage, par séquençage notamment, le délai moyen est de trois mois.
Et d’un point de vue pratico-pratique, Docteur Balduyck, comment les praticiens doivent-ils procéder pour effectuer les prélèvements ?
Dr Balduyck : Alors, la première approche, plus classique bien sûr, c’est de prescrire un dosage d’alpha-antitrypsine et dans ce cas-là, le prélèvement est effectué dans un laboratoire de biologie médicale prélèvement de sang veineux prélevé au pli du coude et ensuite les échantillons sont acheminés vers les laboratoires qui réalisent ces analyses. Maintenant, il existe aussi une possibilité pour le praticien de prélever directement dans son cabinet du sang capillaire ou bout du doigt. Et ça s’est réalisé directement à l’aide d’un kit qu’est le kit Alpha Spot. Et ce sang capillaire est déposé sur du papier filtre, assorti bien sûr de renseignements avec une fiche qui regroupe les renseignements concernant le patient qui concerne…Concernant le médecin prescripteur, les analyses demandées et le contexte clinique dans lequel cette demande est effectuée. Le kit est ensuite envoyé par enveloppe pré-renseignée aux trois laboratoires de biologie médicale de référence que nous avons cités plus haut Lyon, Paris et Lille selon la répartition géographique qui a été définie de façon consensuelle. Alors, Il existe également un kit qui permet un prélèvement buccal, donc directement aussi au cabinet du praticien clinicien. Et ce kit permet de faire une recherche directe par PCR allèle spécifique de quatorze variants d’alpha-1 antitrypsine.
Et une fois le diagnostic effectué, quel est le rôle du biologiste docteur Balduyck ?
Dr Balduyck : Eh bien, en fonction du diagnostic bien sûr, notamment si un déficit est dépisté en concertation, toujours, toujours avec le médecin prescripteur et aussi avec les généticiens concernés, si besoin est, et bien une enquête familiale peut être préconisée. Et ça, c’est la recommandation 20 qui figure dans les recommandations nationales. L’autre rôle, c’est aussi de participer à un rôle important, de participer à des réunions de concertation, des réunions de concertation pluridisciplinaire consacrées au déficit en alpha-1 antitrypsine. C’est ce que nous faisons avec la filière réseau RespiFIL sous la responsabilité du professeur Jean-François Mornex à raison d’une réunion nationale mensuelle. Sachant que ces RCP, néanmoins, sont davantage orientés vers l’étude de dossiers patients susceptibles de recevoir un traitement substitutif. Enfin, il est recommandé aussi dans les recommandations nationales, de proposer. Il est proposé de rechercher un déficit en alpha-1 antitrypsine chez les parents, frère et sœur d’une personne qui présente un déficit en alpha-1 antitrypsine.
Eh bien, merci 1000 fois Dr Balduyck de nous avoir fait mieux connaître cette maladie rare qu’est le déficit en alpha-1 antitrypsine et ses modalités de diagnostic biologique. Si vous désirez aller plus loin dans la connaissance de cette pathologie, nous vous donnons rendez-vous sur notre site internet www.rarealecoute.com où de nombreuses informations sont à votre disposition. Nous vous remercions de votre fidélité et nous vous donnons rendez-vous sur la chaîne RARE à l’écoute pour un prochain numéro sur cette maladie rare. A très vite.
