Qu’appelle-t-on déficit en alpha-1 antitrypsine (DAAT) ? Quelle est la physiopathologie de cette maladie rare ? Quels signes cliniques sont évocateurs d’une atteinte pulmonaire liée au DAAT ? Quels mécanismes expliquent le retard diagnostique chez les patients présentant ces symptômes respiratoires ? À qui adresser les patients en cas de suspicion de DAAT ?
Le Pr Jean-François Mornex, pneumologue, professeur des universités, praticien du centre de référence des maladies pulmonaires rares affilié à la filière RespiFIL, et coordonnateur du PNDS sur l’atteinte pulmonaire associée au déficit en alpha-1 antitrypsine, répond à vos questions.
Si vous désirez vous informer et aller plus loin dans la connaissance de cette pathologie, nous vous invitons à lire notre revue scientifique sur le déficit en alpha-1 antitrypsine (DAAT).
Mots clés : déficit en alpha-1 antitrypsine, maladie rare, maladie génétique, maladies pulmonaires, maladies respiratoires, alpha-antitrypsine, variant M, variant Z, fibrose hépatique, cirrhose, alcool, obésité, tabac, atteinte pulmonaire, élastase, neutrophiles, alvéoles, infections pulmonaires, emphysème, paroi alvéolaire, broncho-pneumopathie chronique obstructive, BPCO, toux, dyspnée d’effort, distension thoracique, diagnostic tardif, dépistage BPCO, pneumologues, Société de Pneumologie de langue Française, centre compétences, Filière RespiFIL.
L’orateur n’a reçu aucune rémunération pour la réalisation de cet épisode.
Invité :
Pr Jean-François Mornex, pneumologue, professeur des universités, praticien du centre de référence des maladies pulmonaires rares affilié à la filière RespiFIL, et coordonnateur du PNDS sur l’atteinte pulmonaire associée au déficit en alpha-1 antitrypsine.
http://maladies-pulmonaires-rares.fr/centre-reference/equipe
https://respifil.fr/
L’équipe :
Virginie Druenne – Programmation
Cyril Cassard – Animation
Hervé Guillot – Production
Crédits : Sonacom
Retranscription
Bonjour à tous et bienvenue sur RARE à l’écoute, la chaîne de podcast dédiée aux maladies rares. Aujourd’hui, nous explorons une nouvelle maladie rare, le déficit en Alpha1-antitrypsine ou DAAT. Et pour en parler, nous avons le plaisir d’accueillir le professeur Jean-François Mornex. Bonjour professeur Mornex.
Pr Mornex : Bonjour monsieur.
Professeur Mornex, vous êtes professeur de pneumologie. Vous travaillez au sein du centre de référence des maladies pulmonaires rares sous l’égide de la filière RespiFIL et vous êtes également coordonnateur du récent PNDS sur l’atteinte pulmonaire associée à un déficit en alpha-1 antitrypsine, publié en décembre 2022. Alors, pour débuter notre entretien, professeur Mornex, qu’appelle-t-on déficit en alpha-1 antitrypsine ?
Pr Mornex : Le déficit en alpha-1 antitrypsine est une maladie génétique rare qui a été décrite en 1963 en Suède. Nous pensons que 10 000 personnes en France sont porteuses d’un déficit en alpha-antitrypsine. Cette maladie est due à la transmission par chacun des parents d’un variant du gène de l’alpha-antitrypsine, la forme normale de l’alpha-antitrypsine s’appelle M, le variant s’appelle Z. Les malades atteints de déficit en alpha-antitrypsine sont des personnes homozygotes pour le variant Z du gène de l’alpha-antitrypsine. Les conséquences sont une rétention de l’alpha-antitrypsine dans le foie avec un risque de fibroses hépatiques et de cirrhoses si les personnes boivent ou sont obèses et une diminution de la concentration d’alpha-antitrypsine dans le sang avec une diminution de la protection du poumon et un risque de maladies respiratoires, si les personnes fument.
Alors justement, si on s’intéresse à l’atteinte pulmonaire des patients, comment est-ce qu’elle survient cette atteinte et quelle est sa physiopathologie ?
Pr Mornex : Les mécanismes de l’atteinte pulmonaire sont la perte de la protection contre l’élastase qui est produite par les neutrophiles. Il n’y a normalement pas de neutrophile dans le poumon profond, au niveau des alvéoles. Il y a des neutrophiles en cas d’infections pulmonaires, de pneumonies, mais surtout, il y a des neutrophiles de façon abondante chez toutes les personnes qui fument. Ces neutrophiles sont par ailleurs alors activés. Les neutrophiles agissent en libérant une enzyme qui est l’élastase, qui permet de nettoyer le poumon en cas d’infection et qui agresse le poumon et détruit la paroi alvéolaire en l’absence d’infection, conduisant à la destruction des parois alvéolaires, à une forme de broncho-pneumopathie chronique obstructive qui qui s’appelle l’emphysème.
Et d’un point de vue clinique, quels sont les principaux symptômes qui sont rencontrés chez ces patients qui sont concernés par cette atteinte pulmonaire ?
Pr Mornex : Lorsqu’un malade qui a un déficit en alpha-antitrypsine développe une atteinte pulmonaire, c’est-à-dire un emphysème, il présente des symptômes classiques de la BPCO, c’est-à-dire de la toux, de l’expectoration, des épisodes d’exacerbation, mais surtout, l’emphysème induit une dyspnée d’effort par distension thoracique. C’est une dyspnée d’origine mécanique et c’est le principal les symptômes dont souffrent les malades atteints de déficit en alpha-antitrypsine.
Comment est-ce qu’on peut expliquer le retard diagnostic qui peut exister chez ces patients qui présentent des symptômes bronchiques, professeur Mornex ?
Pr Mornex : Le déficit en alpha-antitrypsine n’est que très rarement diagnostiqué. On sait maintenant, à partir d’une étude anglaise, que quelques pour cent seulement des personnes atteintes de déficit en alpha-antitrypsine ont ce déficit identifié, ça peut être logique. Lorsque les gens n’ont pas de symptômes et pas de maladie, c’est plus surprenant lorsqu’ils ont une maladie hépatique, une cirrhose, par exemple, ou lorsqu’ils ont un emphysème. On peut l’expliquer en partie par la progression très lente des symptômes, le fait que la dyspnée des forts est un symptôme d’une telle fréquence qu’il est rare d’arriver jusqu’au diagnostic de BPCO et d’emphysème, et puis par la méconnaissance totale du déficit en alpha-antitrypsine, d’où les recommandations que nous avons formulées de rechercher un déficit chez tous les malades qui une BPCO.
Et donc, justement, en cas de doute, à qui adresser ces patients ?
Pr Mornex : En cas de doute, le plus simple est d’adresser les malades à un pneumologue qui prendra en compte les recommandations de la Société de Pneumologie de langue Française ou au centre de compétences des maladies rares pulmonaires qui sont disséminées à travers de la France, en général dans les services de pneumologie des CHU. Il est important de détecter le déficit en alpha-antitrypsine afin que les malades aient une identification d’une éventuelle atteinte hépatique et surtout qu’eux et leurs proches aient des recommandations pour la prévention de l’atteinte hépatique ou de l’atteinte pulmonaire liée au déficit en alpha-antitrypsine. Ces recommandations sont néanmoins simples. Il s’agit de ne pas boire avec excès, de ne pas être obèse et de ne pas fumer.
Merci mille fois, professeur Mornex, de nous avoir fait mieux connaître cette maladie rare qui est le déficit en alpha-antitrypsine. Quant à vous, chers auditeurs, si vous désirez aller plus loin dans la connaissance de cette pathologie, nous vous donnons rendez-vous sur notre site internet www.rarealecoute.com où de nombreuses informations sont à votre disposition. Nous vous remercions de votre fidélité et nous vous donnons rendez-vous sur la chaîne RARE à l’écoute pour un prochain numéro sur cette maladie rare. À très vite.
