Qu’appelle-t-on dysplasie cléidocrânienne ? Quels signes cliniques sont évocateurs d’une dysplasie cléidocrânienne ? Quelle est la physiopathologie de cette maladie rare ? Comment réaliser le diagnostic de dysplasie cléidocrânienne ? Quelle prise en charge proposer aux patients concernés ? Quel suivi recommander ?
Le Pr Valérie Cormier-Daire, généticienne clinicienne, chef du service de médecine génomique des maladies rares à l’hôpital Necker-Enfants malades à Paris, responsable d’une équipe de recherche sur les maladies osseuses constitutionnelles à l’Institut Imagine et coordinatrice du Centre de référence maladies rares MOC, maladies osseuses constitutionnelles, de la filière OSCAR, répond à vos questions.
Si vous désirez vous informer et aller plus loin dans la connaissance de cette pathologie, nous vous invitons à lire notre revue scientifique sur la dysplasie cléidocrânienne.
Mots clés : Rare à l’écoute, dysplasie cléidocrânienne, maladies rares osseuses, maladies génétiques, mutation, hypoplasie des clavicules, aplasie des clavicules, fontanelle antérieure persistante, anomalies dentaires congénitales, retard d’éruption dentaire, dents surnuméraires, malformation cranio-faciale, thorax étroit, anomalies du bassin, retard d’ossification pubienne, fragilité osseuse, retard de croissance, scoliose, coxa valga, coxa vara, supplémentation en vitamine D, suivi multidisciplinaire, surveillance de la croissance, prise en charge dentaire, suivi orthopédique, centres de référence maladies osseuses constitutionnelles, MOC, filière OSCAR.
L’orateur n’a reçu aucune rémunération pour la réalisation de cet épisode.
Invitée :
Pr Valérie Cormier-Daire, généticienne clinicienne, chef du service de médecine génomique des maladies rares à l’hôpital Necker-Enfants malades à Paris, responsable d’une équipe de recherche sur les maladies osseuses constitutionnelles à l’Institut Imagine et coordinatrice du Centre de référence maladies rares MOC, maladies osseuses constitutionnelles, de la filière OSCAR.
https://www.aphp.fr/necker-enfants-malades/service-de-medecine-genomique-des-maladies-rares
https://maladiesrares-necker.aphp.fr//moc/
https://www.institutimagine.org/fr
https://www.filiere-oscar.fr/
L’équipe :
Virginie Druenne – Programmation
Cyril Cassard – Animation
Hervé Guillot – Production
Crédits : Sonacom
Retranscription
Bonjour à tous et bienvenue sur RARE à l’écoute, le podcast dédié aux maladies rares. Aujourd’hui, nous abordons une nouvelle maladie rare, la dysplasie cléidocrânienne. Et pour en parler, nous avons le plaisir d’accueillir le professeur Valérie Cormier-Daire. Bonjour professeur Cormier-Daire.
Pr Cormier-Daire : Bonjour et merci pour votre invitation.
Professeur Cormier-Daire, vous êtes généticienne clinicienne, chef de service de médecine génomique des maladies rares à l’hôpital Necker-Enfants malades à Paris. Vous dirigez également une équipe de recherche sur les maladies osseuses constitutionnelles à l’Institut Imagine. Et vous responsable du Centre de référence maladies rares MOC, maladies osseuses constitutionnelles, de la filière OSCAR. Professeur Cormier-Daire, pour débuter notre entretien, une question en direct : qu’est-ce que la dysplasie cléidocrânienne ?
Pr Cormier-Daire : La dysplasie cléidocrânienne est une maladie rare, qui se caractérise par différentes manifestations. Un : une fontanelle antérieure qui reste longtemps ouverte. Deux : une hypoplasie ou une aplasie des clavicules. Et trois : des anomalies dentaires. Elle peut être diagnostiquée tout au long de la vie, y compris pendant la période d’anténatale ou à la naissance. Et elle va nécessiter une prise en charge tout au long de la vie, de la période pédiatrique à l’âge adulte.
Et concrètement, quelles sont les manifestations cliniques de la pathologie ?
Pr Cormier-Daire : Les manifestations cliniques sont de différents ordres, commençons d’abord par des manifestations squelettiques avec une morphologie faciale particulière, une suture qui reste très longtemps ouverte au niveau de la fontanelle antérieure, une aplasie ou une hypoplasie des clavicules qui donne un aspect particulier à la morphologie des épaules, avec également souvent un thorax qui est un peu étroit, des anomalies du bassin, avec un retard d’ossification en particulier de la symphyse pubienne. Il s’y associe également des anomalies dentaires qui peuvent tout à fait être au premier plan des tableaux cliniques, avec un retard de chute des dents d’archéales, mais également un retard d’éruption de la dentition permanente et avec également des dents ou des germes surnuméraires. Donc, la prise en charge dentaire est vraiment fondamentale.
Comment survient la dysplasie cléidocrânienne ? Quelle est la physiopathologie de cette maladie rare ?
Pr Cormier-Daire : Sur le plan génétique, la dysplasie cléidocrânienne est en rapport avec un variant hétérozygote dans un gène qui s’appelle RUNX2 ou CBF1. C’est donc transmis sur un mode autosomique dominant, mais avec souvent un événement accidentel survenu chez le cas index. Le gène RUNX2 code pour un facteur de transcription et ce facteur de transcription a un rôle clé dans la différenciation de la cellule mésenchymateuse souche et en particulier a un rôle clé dans la lignée ostéoblastique. Et donc, RUNX2, quand il y a une mutation, ça va être associé à une anomalie de la différenciation des ostéoblastes et donc à une forme de fragilité osseuse à surveiller, mais également à des anomalies de l’ossification avec éventuellement un retard de croissance.
C’est très clair. Et comment effectuer le diagnostic de dysplasie cléidocrânienne ?
Pr Cormier-Daire : Le diagnostic, il est d’abord clinique et radiologique. Il va s’appuyer sur un faisceau d’arguments, anomalie dentaire, hypoplasie ou aplasie des clavicules, mais également retard de fermeture de la fontanelle, avec sur le plan radiologique, on retrouve la morphologie des clavicules, une cage thoracique, ce qui est une morphologie particulière, et un retard de d’ossification en particulier de la symphyse pubienne. Ça, c’est sur le plan clinique et radiologique. On confirmera le diagnostic par une étude moléculaire à la recherche du variant hétérozygote dans le gène RUNX2.
Pour les patients concernés, professeur Cormier-Daire, quelle prise en charge leur proposer ?
Pr Cormier-Daire : La prise en charge, elle doit être un, dentaire, deux, génétique pédiatrique et trois, orthopédique. Donc, une prise en charge dentaire par un centre qui a l’habitude de la dysplasie cléidocrânienne. Ensuite, sur le plan orthopédique, on peut avoir des anomalies du bassin, des coxa valga, des coxa varra, avec également une possibilité d’atteindre des épiphyses fémorales supérieurs. On peut avoir également une scoliose. Donc, il y a un suivi orthopédique qui est important. Et puis après, on peut avoir une certaine tendance à la fragilité osseuse, donc on doit suivre la densité minérale osseuse et bien supplémenter en vitamine D. Donc, la supplémentation en vitamine D tout au long de la vie est fondamentale. Dans un monde idéal, il faut que les patients qui présentent une dysplasie cléidocrânienne soient suivis dans un centre du réseau maladies osseuses constitutionnelles, ce qui permettra une prise en charge adaptée, multidisciplinaire, comprenant la surveillance clinique, la supplémentation en vitamine D, la surveillance orthopédique et la surveillance dentaire. Il est important que les enfants et les adultes soient suivis dans un centre du réseau maladies osseuses constitutionnelles pour que la prise en charge spécifique de cette maladie rare puisse être mise en place de façon optimale.
Et pour conclure, quel suivi proposer pour ces patients ?
Pr Cormier-Daire : Le suivi, il est clinique, donc croissance, déformation, en particulier en recherche une petite scoliose. On analyse le bassin, la marche morphologique et dentaire, avec cette prise en charge dentaire qui doit être vraiment faite dans un centre qui a l’habitude de la dysplasie cléidocrânienne. Et puis, il est également très important de supplémenter en vitamine D tout au long de la vie.
Un grand merci, professeur Cormier-Daire, de nous avoir fait mieux connaître cette maladie rare qui est la dysplasie cléidocrânienne. Si vous désirez aller plus loin dans les connaissances de cette pathologie, nous vous donnons rendez-vous sur notre site internet : www.rarealecoute.com où de nombreuses informations sont à votre disposition. Nous vous remercions de votre fidélité et nous vous donnons rendez-vous sur la chaîne RARE à l’écoute pour un prochain numéro sur cette maladie rare. À très vite.
