Qu’appelle-t-on dysplasie fibreuse des os et syndrome de McCune-Albright ? Quel est le tableau clinique rencontré chez les patients touchés ? Quelle est la physiopathologie de cette maladie rare ? Quelle est l’évolution d’une dysplasie fibreuse des os ? À qui adresser les patients en cas de suspicion de DFO/SMA ? Comment s’opère la prise en charge et quel suivi proposer aux patients ?
Le Pr Roland Chapurlat, rhumatologue, chef du service de rhumatologie et pathologies osseuses de l’hôpital Edouard Herriot à Lyon, directeur de l’unité INSERM 1033, coordonnateur du Centre de Compétences Dysplasie Fibreuse des Os et Syndrome de McCune-Albright, membre du Centre Constitutif MOC de Lyon au sein de la filière OSCAR, coordonnateur de l’actualisation du PNDS sur dysplasies fibreuses des os et syndrome de McCune-Albright, répond à vos questions.
Si vous désirez vous informer et aller plus loin dans la connaissance de cette pathologie, nous vous invitons à lire notre revue scientifique sur la dysplasie fibreuse des os (DFO).
Mots clés : Dysplasies fibreuses des os, syndrome de McCune-Albright, maladie rare, maladies osseuses, tissu fibreux, ostéoblastes, atteinte osseuse, atteinte monostotique, atteinte polyostotiques, fragilité osseuse, factures spontanées, anomalies cutanées, taches café au lait, anomalies endocriniennes, puberté précoce, douleurs osseuses, atteinte crâniofaciale, hypophyse, gène GNAS, hypersécrétion d’hormones, hormone de croissance, sténose du nerf optique, endocrino-pédiatres, centres de compétence, centres de référence.
L’orateur n’a reçu aucune rémunération pour la réalisation de cet épisode.
Invité :
Pr Roland Chapurlat, rhumatologue, chef du service de rhumatologie et pathologies osseuses de l’hôpital Edouard Herriot à Lyon, directeur de l’unité INSERM 1033, coordonnateur du Centre de Compétences Dysplasie Fibreuse des Os et Syndrome de McCune-Albright, membre du Centre Constitutif MOC de Lyon au sein de la filière OSCAR, coordonnateur de l’actualisation du PNDS sur dysplasies fibreuses des os et syndrome de McCune-Albright.
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L’équipe :
Virginie Druenne – Programmation
Cyril Cassard – Animation
Hervé Guillot – Production
Crédits : Sonacom
Retranscription
Bonjour à tous et bienvenue sur RARE à l’écoute, le podcast dédié aux maladies rares. Aujourd’hui, nous découvrons une nouvelle maladie rare, la dysplasie fibrose des os et syndrome de McCune-Albright. Et pour en parler, nous avons le plaisir d’accueillir le professeur Roland Chapurlat. Professeur Chapurlat, bonjour.
Pr Chapurlat : Bonjour.
Professeur Chapurlat, vous êtes rhumatologue, chef du service de rhumatologie et pathologies osseuses de l’hôpital Edouard Herriot à Lyon et directeur de l’unité INSERM 1033. Vous êtes coordonnateur du Centre National de Référence des Dysplasies Fibreuses des Os Syndrome de McCune-Albright, membre du Centre Constitutif MOC de Lyon au sein de la filière OSCAR. Vous avez coordonné l’actualisation du récent PNDS sur les Dysplasies Fibreuses des Os et le syndrome de McCune-Albright. Professeur Chapurlat, pour débuter notre entretien, qu’appelle-t-on Dysplasie Fibreuse des os et syndrome de McCune-Albright ?
Pr Chapurlat : C’est une maladie osseuse, principalement, qui peut toucher un os ou plusieurs. Dans les deux tiers des cas, c’est un seul os, et qui se caractérise, comme c’est dit dans le nom, finalement, par le remplacement du tissu osseux normal, par une espèce de tissu fibreux mal minéralisé qui peut être à l’origine de douleurs, de déformation, de fracture ou de compression en fonction de l’os qui est atteint. Et beaucoup plus rarement, cette atteinte osseuse est associée à des anomalies cutanées qui sont des taches café au lait, et puis surtout des anomalies endocriniennes, la plus fréquente étant la puberté précoce. Et dans ce cas-là, on parle de syndrome de McCune-Albright. Ces dernières années, on a unifié le nom. Aujourd’hui, on parle de dysplasie fibreuse des os syndrome de McCune-Albright, parce que finalement, c’est la même maladie et c’est lié à la même mutation. Alors qu’autrefois, on tendait un peu à séparer les deux entités, sachant que ça fait longtemps qu’on sait que c’est un peu la même chose, c’est le même spectre de pathologie. Quand on parle de maladie rare, après, la question qui se pose, c’est rare, oui, mais combien ? Et c’est toujours très difficile d’estimer la prévoyance d’une maladie rare parce qu’on n’arrive pas à collecter tous les cas. Mais pour le coup, il y a une étude récente qui, je pense, a un haut niveau de fiabilité, qui est d’origine danoise, où dans ce pays, c’est relativement simple de faire ce type d’études parce que tous les dossiers médicaux du pays sont collectés de façon très fiable depuis longtemps. Il faut taper le code de la maladie et on a la réponse. Si on se base sur cette étude de prévalence, c’est à peu près 60 patients par million d’habitants. Donc, en France, ça doit faire à peu près, si on l’extrapole, ça fait à peu près 4 000 malades.
Justement, quels sont les signes cliniques qui peuvent faire suspecter cette maladie rare ?
Pr Chapurlat : Il y a la douleur osseuse, et ça d’ailleurs, c’est la gêne principale dont se plaignent les patients, les déformations, et ça, c’est particulièrement évident au niveau de la face, les fractures spontanées. On voit ça essentiellement aux membres inférieurs et plutôt chez des enfants. Et puis, des compressions neurologiques, exceptionnellement au niveau de la colonne vertébrale et plutôt au niveau des atteintes crâniofaciales et en particulier le nerf optique. Et encore une fois, beaucoup plus rarement, c’est quelques pour cent des patients qui ont un problème endocrinien. Et donc là, il s’agit de puberté précoce. Et ça, vraiment, ça doit attirer l’attention parce que s’il s’agit de vraies pubertés précoces à 3 à quatre ans, c’est plutôt dans neuf cas sur dix, ce sont des filles. Et c’est une puberté précoce qui est assez différente des formes qu’on voit en pédiatrie le plus souvent, parce que c’est un ovaire qui devient autonome. Et ce n’est pas une puberté précoce liée à une anomalie de l’hypophyse.
Comment se développe la dysplasie fibreuse des os et le syndrome de McCune-Albright ? Quelle est la physiopathologie de cette maladie rare ?
Pr Chapurlat : Il y a une mutation qui a été identifiée il y a maintenant assez longtemps, dans les années 80, de gènes qu’on appelle GNAS. Et la mutation conduit au défaut de développement des cellules osseuses qu’on appelle ostéoblastes. C’est à cause de ça, ces cellules ostéoblastiques mal formées vont fabriquer ce tissu fibreux qui est à l’origine de la maladie. Cette mutation, on peut la retrouver dans les taches café au lait du syndrome de McCune-Albright. Ça, ça n’a aucun caractère de gravité. C’est juste une curiosité de voir ça. Mais c’est intéressant parce que quand on constate ce type de taches café au lait chez un nouveau-né ou un jeune enfant, ça doit conduire à chercher les anomalies osseuses, bien sûr. Et puis, on retrouve cette mutation présente dans des glandes endocrines infectées. On peut retrouver ça dans un kyste ovarien d’une petite fille qui a une puberté précoce, par exemple. Lorsqu’il y a une hypersécrétion d’hormones de croissance, qui est en fréquence la deuxième anomalie endocrinienne dans cette maladie, on peut trouver la mutation dans les cellules hypophysaires qui, habituellement fabrique l’hormone de croissance.
Et ensuite, professeur Chapurlat, quelle est l’évolution ou le pronostic de cette maladie rare ?
Pr Chapurlat : Ça dépend grandement du nombre d’os atteints et de la localisation des os atteints. Donc, globalement, quand on a une atteinte monostotique, deux tiers des cas, encore une fois, le pronostic à long terme est bon. Et on a plusieurs études de qualité de vie qui montrent qu’il n’y a pas de différence de qualité de vie entre les patients qui ont une forme monostotique et la population générale. Et les formes qui posent le plus de problèmes, c’est quand il y a plusieurs os atteints, parce que ce sont des patients qui ont plus de douleurs, qui se cassent davantage, qui ont plus de déformation, qui globalement ont plus de complications. Et le syndrome de McCune-Albright, qui sont les plus sévères, en général, sont associés à des formes dites polyostotiques, qui ont plusieurs os atteints. Ces patients qui ont plusieurs os atteints ont souvent aussi une fuite urinaire de phosphore qui est un facteur supplémentaire de fragilité osseuse. Ces patients-là ont plus de fractures, plus de douleurs. Il y a un point clinique que je voudrais quand même identifier, distinguer, parce que ça a vraiment des conséquences pratiques importantes. Ce sont pour les patients qui ont une atteinte crâniofaciale. Il y a parfois un rétrécissement du canal optique ou passe le nerf optique. Et ça, ça justifie de faire une surveillance ophtalmologique régulière au moins une fois par an et chez les jeunes en croissance, parfois plus fréquemment, où on regarde bien sûr l’acuité visuelle, les champs visuels, mais où il y a un examen particulier qu’on appelle OCT qui permet de mesurer l’épaisseur du nerf optique et qui doit être surveillé régulièrement parce que ça peut amener à la décision de faire des traitements plus importants pour ces patients puisqu’il y a quand même un risque d’altération de la vue, voire de cécité. Dans 95% des cas, les patients qui ont une sténose de nerf optique ont un bon pronostic visuel, ce qui fait qu’on ne préconise jamais une chirurgie préventive, mais il peut arriver qu’on soit amené à discuter d’une chirurgie de décompression dans des situations urgentes. Donc, vraiment, ce suivi est extrêmement important.
Et si on est médecin, face à ces signes, que faire en cas de symptômes évocateurs ou de doutes ?
Pr Chapurlat : La première étape, c’est évidemment d’affirmer le diagnostic parce qu’on va avoir une imagerie qui n’est pas forcément typique, surtout, c’est parfois un peu difficile chez les patients qu’il y ait une seule atteinte. Le diagnostic, il va reposer un peu sur la qualité de l’analyse du compte-rendu contre radiologique. Et puis, c’est le genre de situation où il ne faut pas hésiter à contacter les centres de référence ou de compétences du réseau pour affirmer le diagnostic. Nous sommes tous facilement joignables d’une part par mail. Et puis aussi, on discute les dossiers en direct puisqu’on a une réunion de concertation multidisciplinaire en visio une fois par mois. Donc ça, ça permet de régler pas mal de situations. Et d’ailleurs, ça permet de temps en temps d’infirmer quelques diagnostics et de de placer les patients vers d’autres situations. En pratique, il ne faut pas hésiter à faire appel au réseau.
Justement, pour ces patients pour lesquels le diagnostic est confirmé, professeur Chapurlat, quelle prise en charge médicale et quel suivi proposez-vous ?
Pr Chapurlat : C’est très vaste parce qu’il y a d’abord la question de la fragilité osseuse. Lorsqu’on a une lésion qu’on juge fragile sur l’imagerie, par exemple, peut être amené à faire une chirurgie préventive. En général, c’est une chirurgie qu’on aime techniquement simple, c’est-à-dire qu’il s’agit juste de mettre un clou au sein de l’os de façon à le protéger. Lorsqu’il y a des douleurs osseuses, le traitement classique depuis une quarantaine d’années, c’est de faire des perfusions de bisphosphonate qui sont des médicaments qu’on utilise dans énormément de maladies osseuses et qui ont des propriétés antalgiques. Ça, ça permet de régler les trois quarts des cas. Ensuite, on est parfois dans des situations plus compliquées où on peut être amené à des médicaments d’utilisations plus restreintes, parfois dans le cadre d’essais thérapeutiques. Et là aussi, c’est des choses qui sont discutées à la réunion de concertation pluridisciplinaire RCP, mensuelle. Pour ce qui est des atteintes endocriniennes, la puberté précoce doit être prise en charge le plus tôt possible parce que sinon, on a un risque de petite taille. Là, ce sont des endocrino-pédiatres du réseau qui gèrent ça et où il y a des qui marchent bien également. Et puis, pour ce qui est de l’hypersécrétion d’hormones de croissance, là aussi, il faut que ça soit pris en charge par les endocrinologues du réseau. Et dans ce cas, il y a aussi des traitements médicamenteux qui fonctionnent très bien.
Merci infiniment, professeur Chapurlat, de nous avoir fait mieux connaître cette maladie rare qu’est la dysplasie fibreuse des os et le syndrome de McCune-Albright. Quant à nous, chers auditeurs, si vous désirez aller plus loin dans la connaissance de cette pathologie, nous vous donnons rendez-vous sur notre site internet www.rarealecoute.com, où de nombreuses informations sont à votre disposition. Nous vous remercions de votre fidélité et nous vous donnons rendez-vous sur la chaîne RARE à l’écoute pour un prochain numéro sur cette maladie rare. À très vite.
