Quels sont les grands groupes d’atteintes pris en charge par la filière BRAIN-TEAM ? Quelles sont les principales pathologies prises en charge par la filière et les principaux centres de référence concernés ? À quel moment les médecins doivent-ils orienter leurs patients vers la filière BRAIN-TEAM ? Comment identifier les centres experts de la filière BRAIN-TEAM ? Comment s’organise la prise en charge des patients touchés par une maladie rare du SNC au sein de BRAIN-TEAM ? Pour la filière, quelles sont les avancées récentes et les grands enjeux pour les années à venir ?
Le Dr Claire Ewenczyk, neurologue à l’hôpital Pitié-Salpêtrière à Paris, praticien au sein du Centre de référence coordonnateur de neurogénétique et des maladies génétiques rares du système nerveux de la filière BRAIN-TEAM, répond à vos questions.
Mots clés : Rare à l’écoute, BRAIN-TEAM, filière maladies rares, système nerveux central, cerveau, moelle épinière, maladies neurologiques rares, maladies génétiques rares, troubles moteurs, troubles cognitifs, troubles du sommeil, ataxies cérébelleuses, paraplégies spastiques, maladies neurogénétiques, maladie de Huntington, ataxie de Friedreich, mouvements anormaux rares, atrophie multisystématisée, démences rares, leucodystrophies, leucoencéphalopathies, neurodégénérescences avec dépôts intracérébraux, neurodégénérescences, encéphalites auto-immunes, encéphalites paranéoplasiques, centres de référence, centres de compétence, réunions pluridisciplinaires, RCP, errance diagnostique, diagnostic génétique, séquençage pangénomique, séquençage long-read, Plan France Médecine Génomique, thérapies innovantes, thérapies géniques, neuromodulation, immunothérapies, essais cliniques, recherche translationnelle.
L’orateur n’a reçu aucune rémunération pour la réalisation de cet épisode.
Invitée :
Dr Claire Ewenczyk, neurologue à l’hôpital Pitié-Salpêtrière à Paris, praticien au sein du Centre de référence coordonnateur de neurogénétique et des maladies génétiques rares du système nerveux de la filière BRAIN-TEAM.
https://brain-team.fr/les-membres/les-centres-de-reference/neurogenetique/
https://brain-team.fr/
L’équipe :
Virginie Druenne – Programmation
Cyril Cassard – Animation
Hervé Guillot – Production
Crédits : Sonacom
Retranscription
Bonjour à tous et bienvenue sur RARE à l’écoute, le podcast dédié aux maladies rares. Chez RARE à l’écoute, nous avons choisi de donner la parole aux filières de santé maladie rare, des acteurs essentiels de la prise en charge des patients en France, pour mieux comprendre leur organisation, leur mission et leur impact sur le parcours de soins. Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir les maladies rares prises en charge par la filière BRAIN-TEAM, la filière de santé des maladies rares du système nerveux central. Et pour en parler, nous avons le plaisir d’accueillir le docteur Claire Ewenczyk. Bonjour docteur Ewenczyk.
Dr Ewenczyk : Bonjour.
Docteur Ewenczyk, vous êtes neurologue au sein de la consultation de génétique de l’hôpital Pitié-Salpêtrière à Paris et vous êtes praticien au sein du Centre de référence coordonnateur de neurogénétique et des maladies génétiques rares du système nerveux de la filière BRAIN-TEAM. Pour rentrer tout de suite dans le vif du sujet, Dr. Ewenczyk, quels sont les grands groupes d’atteintes pris en charge par BRAIN-TEAM ?
Dr Ewenczyk : Merci de m’inviter à votre podcast. Notre filière BRAIN-TEAM, elle est effectivement spécialisée dans les maladies rares, surtout du système nerveux central. Elle couvre un champ de pathologies rares, vastes, qu’on pourra regrouper en six grands groupes d’atteintes : des atteintes motrices, cognitives, inflammatoires et auto-immunes, vasculaires et des atteintes de la substance blanche ainsi que des troubles du sommeil.
Plus précisément, quelles sont les principales pathologies qui sont prises en charge par BRAIN-TEAM et les principaux centres de référence qui sont concernés ?
Dr Ewenczyk : Chaque type d’atteinte rassemble des grands groupes de pathologies identifiées ou non comme génétiques et qui sont prises en charge par 11 centres de référence de la filière BRAIN-TEAM. Et ces pathologies ont une porte d’entrée clinique ou bien mécanistique ou alors encore radiologique. Donc, parmi ces pathologies, si la maladie de Huntington et les autres Corée, les maladies neuro génétiques comme ataxie cérébelleuse, paraplégie spastique héréditaire, les pathologies rares du mouvement, les stéréotypes moteurs rares, l’atrophie multisystématisée, les narcolepsies et hypersomnies rares et les démences rares ou précoces. Avec une porte d’entrée radiologique, le plus souvent à l’IRM cérébrale, il y a les leucodystrophies et leucoencéphalopathies rares, ainsi que les neurodégénérescences avec accumulation intracérébrale en fer et calcium. Et enfin, par une porte d’entrée plutôt mécanistique, on a les maladies rares du système nerveux central d’origine vasculaire, inflammatoire ou bien encore les encéphalites d’origine paranéoplasique et auto-immune.
Merci, c’est très clair. Alors, pour les médecins qui nous écoutent, quand est-ce qu’ils doivent penser à BRAIN-TEAM ?
Dr Ewenczyk : Quand un patient a une pathologie qui touche le système nerveux central, c’est-à-dire le cerveau ou la moelle épinière, principalement, il peut bien sûr y avoir d’autres atteinte neurologique ou extra neurologique. Mais quand le focus principal semble toucher le système nerveux central, qu’il n’y a pas de diagnostic posé de façon évidente et qu’on est sur des atteintes, comme je le disais, cliniques de type motrice cognitive ou d’une une cause qui semble inflammatoire, auto-immune ou vasculaire, ou encore sur une orientation radiologique avec une atteinte de la substance blanche ou un dépôt de fer ou de calcium. Et donc, ça va bien sûr nécessiter souvent un bilan de première intention par le médecin généraliste, mais également un neurologue, une IRM cérébrale et médullaire. Mais ensuite, idéalement, le patient peut être rapidement adressé à notre réseau pour la suite de la prise en charge si aucun diagnostic, je dirais, facile à faire, n’a pu être posé.
Et justement, concrètement, comment savoir à qui s’adresser au sein du réseau BRAIN-TEAM ?
Dr Ewenczyk : On trouvera toutes les informations d’adressage sur le site internet de la filière qui est vraiment très informatif. Donc, c’est brain-team.fr. On va y trouver une carte de France qui va afficher par groupe de pathologies, par exemple, ataxie, paraplégie spastique, maladie de Huntington, etc. Les différents sites du réseau, enfants ou adultes spécialisés dans ces pathologies avec les coordonnées pour y accéder.
Alors, si on s’intéresse maintenant à la prise en charge des patients, une fois qu’ils sont dans le réseau, comment les maladies rares du SNC sont-elles prises en charge au sein des centres BRAIN-TEAM ?
Dr Ewenczyk : Donc, la prise en charge repose tout d’abord sur une démarche diagnostique qui va bien sûr souvent nécessiter des examens complémentaires assez spécifiques. Par exemple, des imageries particulières, de la neurophysiologie comme des tests de sommeil, des tests biologiques avec des biomarqueurs spécifiques, des pathologies désimmunes ou génétiques, et puis aussi parfois des tests génétiques moléculaires. Ensuite, une approche multidisciplinaire est souvent nécessaire et va réunir, par exemple, des biologistes, des neurologues, des généticiens et des neuroradiologues. Et ces réunions sont organisés régulièrement par les centres de référence en RCP, réunion de concertation pluridisciplinaire, qui vont être locales régionales, voire même national. Ensuite, le diagnostic est la condition nécessaire pour accéder à une prise en charge qu’on espère la plus innovante, la plus spécifique possible quand elle existe. Ça va être très varié en fonction de la pathologie, bien évidemment, comme de la neuromodulation pour les mouvements normaux, des immunothérapies, voire même la thérapie génique. Bien sûr aussi, le diagnostic permet aussi d’être inclus dans des protocoles de recherche spécifiques. Ça, ça reste très important, bien évidemment. Dans nos centres de référence, la recherche et la clinique sont très, très intriqués. C’est ce qui fait la force de nos structures, c’est-à-dire des réseaux de recherche qui sont accolés aux réseaux de prise en charge.
Merci docteur Ewenczyk. Alors, pour conclure, pour ces pathologies qui sont prises en charge par la filière BRAIN-TEAM, quelles sont les grandes avancées récentes et les principaux enjeux pour les années à venir ?
Dr Ewenczyk : Alors, pour ce qui est de la génétique, notamment de la neuro génétique, puisque c’est mon centre de référence, je peux dire que le développement du séquençage pangénomique par le plan France Médecine Génomique, c’est une avancée majeure qui a permis de réduire l’errance diagnostique très clairement. Toutefois, l’impasse diagnostique existe toujours. Par exemple, en neuro génétique, 50% des patients n’ont pas encore de diagnostic alors qu’on pense que vraisemblablement, c’est génétique. Ça, c’est dû à la limitation des connaissances et des techniques, mais ça évolue vite. La prochaine évolution majeure dans le secteur de la génétique, par exemple, c’est le développement du séquençage long-read, qui est en train de passer du secteur recherche au secteur diagnostic. Mais bon, il y a un réel enjeu à continuer et améliorer l’accès des patients à nos centres, à poursuivre l’effort de cette réduction de l’errance diagnostique. Et ça passe, je pense, par une extension des réseaux au niveau des territoires et aussi d’une collaboration renforcée avec les associations de patients qui sont de réels partenaires pour nous. En termes de thérapie, on a vu arriver la première thérapie génique autorisée dans l’amyotrophie spinale liée à SMN1, la thérapie génique pour l’adrénoleucodystrophie et puis d’autres thérapies très spécifiques sont en cours de développement. Par exemple, les agonistes des récepteurs à orexine qui vont changer la donne pour la prise en charge des patients avec une narcolepsie type 1 et qui sont en cours de développement. On a vu aussi le premier accès précoce dans l’ataxie de Friedreich. Donc oui, il y a des développements thérapeutiques indéniable, mais ça reste encore extrêmement minoritaire par rapport à l’ensemble des pathologies de la filière BRAIN-TEAM. L’enjeu majeur, c’est bien sûr de développer des thérapies innovantes. Il y a énormément de chemin à faire, faciliter leur accès sur le marché français, mais aussi réfléchir dès maintenant aux moyens qui vont être nécessaires pour pouvoir les dispenser à nos patients en termes de coûts, de moyens humains et hospitaliers.
Un grand merci, docteur Ewenczyk, de nous avoir permis de mieux connaître les maladies prises en charge par BRAIN-TEAM et le fonctionnement de cette filière de santé des maladies rares du système nerveux central. Si vous désirez aller plus loin et en savoir davantage sur cette filière, rendez-vous sur notre site internet, www.rarealecoute.com ou sur le site de BRAIN-TEAM, brain-team.fr. Merci de votre fidélité. Nous vous donnons rendez-vous sur la chaîne RARE à l’écoute pour un prochain numéro dédié aux maladies rares. À très vite.
